3. ACTIVITES DU CICR, DE LA FEDERATION INTERNATIONALE ET DES SOCIETES NATIONALES DE LA CROIX-ROUGE OU DU CROISSANT-ROUGE
Le principe d'impartialité oblige le CICR à privilégier les victimes de la guerre ayant les besoins les plus urgents. En vertu du droit international humanitaire, la protection spéciale des femmes occupe une place importante dans les actions de protection et d'assistance que mène le CICR.
Protection de la population civile
- Rappel aux Etats par voie diplomatique ou par appel public de leurs obligations relatives à l'immunité générale dont bénéficient les civils, ainsi qu'à la protection spéciale des femmes.
- Rôle d'intermédiaire neutre pour obtenir des accords de trêves et d'évacuation des populations vulnérables des zones assiégées, dont les femmes en couches. Supervision de ces évacuations.
- Rôle d'intermédiaire neutre dans la conclusion d'accords portant sur la création de zones et localités sanitaires et de sécurité. Gestion de ces zones.
- Démarches en cas d'allégation, enregistrée par les délégués du CICR, de mauvais traitements infligés aux femmes au cours d'opérations militaires ou de maintien de l'ordre.
Protection des personnes arrêtées, détenues ou internées
- Contrôle des conditions de détention par des visites répétées des délégués du CICR et leurs entretiens sans témoin avec les femmes détenues ou internées.
- Protection contre les mauvais traitements en détention. Démarches en cas d'allégation, enregistrée par les délégués du CICR lors de leur visites, de mauvais traitements infligés aux femmes en détention ou pendant les interrogatoires.
- Supervision des rations alimentaires et des soins médicaux accordés aux femmes enceintes.
- Contrôle du transfert de femmes internées sur le point d'accoucher dans des établissements spécialisés.
- Rapatriement anticipé de certaines femmes (femmes enceintes, mères de nourrissons ou d'enfants en bas âge), prisonnières de guerre, détenues ou internées civiles.
- Soutien financier aux femmes de détenus pour les visites au lieu de détention et, parfois, l'entretien de la famille.
Assistance
- Secours: ravitaillement des zones assiégées ou faisant l'objet d'un blocus et des camps de personnes déplacées en médicaments, nourriture et autres denrées indispensables à la survie. Les femmes enceintes ou en couches, les mères qui allaitent, ainsi que les enfants sont les bénéficiaires prioritaires des distributions.
- Programmes d'assistance aux veuves de guerre. Fourniture de nourriture, savon, matériel de cuisine, tentes, couvertures, etc.
- Programmes de réhabilitation agricole et vétérinaire d'urgence. Dans de nombreuses sociétés, les femmes sont chargées de travailler la terre et de garder les troupeaux. Elles sont donc les interlocutrices privilégiées du CICR et les premières bénéficiaires de ces programmes.
- Hygiène publique : construction de puits permettant aux femmes, dans certaines régions du monde, d'éviter de faire des longs, et parfois dangereux, déplacements pour aller chercher de l'eau potable.
- Médical: les femmes sont des interlocutrices prioritaires du CICR pour les questions touchant à la santé de leurs enfants. Le CICR a par ailleurs réalisé des programmes de vaccination de femmes sur le point d'accoucher pour prévenir le tétanos néonatal. Il assure également souvent la fourniture de suppléments en iode aux femmes enceintes pour lutter contre certaines maladies des enfants à naître, comme le crétinisme.
Dans le but d'améliorer la situation des plus vulnérables, la Fédération internationale et les Sociétés nationales prêtent une attention particulière aux besoins des femmes qui constituent le pourcentage le plus élevé des personnes les plus vulnérables, et ce, partout dans le monde.
La nature changeante des conflits, tant internes qu'internationaux, a des répercussions toujours plus importantes sur la population civile. Elle provoque notamment la dissolution des structures sociales et économiques et peut même comprendre la destruction des infrastructures de base dans les domaines de la santé, de l'eau et de l'assainissement. Les femmes et les enfants sont affectés de manière disproportionnée par les conséquences physiques et psychologiques qui s'ensuivent. Les jeunes filles, en particulier, sont souvent victimes de violences et d'abus sexuels dans les conflits armés.
Des millions de femmes subissent les effets du cercle vicieux de la pauvreté et de la discrimination, et ce sont fréquemment elles qui souffrent le plus des conflits armés, en raison notamment d'inégalités préexistantes entre les sexes en matière d'alphabétisation, de santé et de revenus. Il est donc nécessaire de déployer davantage d'efforts pour prévenir ou réduire les facteurs spécifiques qui accroissent la vulnérabilité particulière des femmes en temps de guerre ou dans des situations liées à des conflits. Les besoins et le rôle des femmes doivent être intégrés dans toutes les activités de développement, de secours d'urgence et de réhabilitation à plus long terme.
Le secrétariat de la Fédération internationale a encouragé toute une gamme de programmes axés sur les besoins spécifiques des femmes, vulnérables ou victimes. L'accent y est notamment mis sur les points suivants :
a) amélioration de l'accès aux soins médicaux, y compris le planning familial et les services spécialisés dans les maladies sexuellement transmissibles, ainsi que l'appui psychosocial;
b) eau potable et assainissement;
c) augmentation des possibilités de formation professionnelle, d'accès au crédit et aux activités génératrices de revenus;
d) alphabétisation accrue pour les femmes;
e) sensibilisation à l'esprit communautaire - tant parmi les hommes que chez les femmes, et notamment les personnes influentes et les jeunes, afin de renforcer le respect mutuel et de susciter des attitudes plus positives.
Des questions liées aux différences entre les sexes, y compris des mentions précises relatives aux besoins particuliers en matière de protection et d'assistance des femmes réfugiées et des jeunes filles victimes de la guerre, figurent désormais au programme de formation des délégués et des Sociétés nationales. La Fédération internationale a également reconnu l'importance de la présence de personnel féminin sur le terrain, surtout pour traiter directement les cas particuliers, intervenant par exemple auprès de femmes victimes de viol ou issues de milieux socioculturels défavorisés. De nombreuses Sociétés nationales ont établi des structures pour s'occuper des questions féminines et mettre en oeuvre ou soutenir des programmes visant à améliorer la situation des femmes qui ont été affectées par la guerre et d'autres situations de conflit.
4. RECOMMANDATIONS
Il convient de mettre l'accent sur les violences de nature sexuelle infligées aux femmes, et qui sont trop souvent passées sous silence. Le viol, sous toutes ses formes et quelle que soit son appellation (prostitution forcée, esclavage sexuel, fécondation forcée...) est historiquement frappé du sceau de l'impunité. Or, lorsqu'il est commis dans le cadre d'un conflit armé, il s'agit d'un crime de guerre, que les Etats ont le devoir légal et moral de réprimer.
Par ailleurs, le viol a des conséquences irrémédiables sur la victime survivante. Conséquences physiques et psychologiques d'abord : la victime est affectée dans son intimité la plus profonde et dans sa capacité à donner le jour. Conséquences sociales ensuite : de nombreuses sociétés rejettent le blâme sur la victime qui peut se voir mise à l'écart par sa famille et dans l'incapacité de trouver un mari ou même un travail. Enfin, il faut également prendre en compte la perspective d'un enfant à naître comme une conséquence douloureuse du traumatisme, de même que le déroulement de la grossesse, les conditions de l'accouchement, voire d'un avortement, la prise en charge de l'enfant et les rapports difficiles qui pourront exister par la suite entre lui et sa mère.
Il faut donc avant tout souligner la nécessité pour les Etats de faire cesser les violences sexuelles infligées aux femmes, par le biais de la répression pénale notamment, comme ils ont le devoir de le faire pour toute autre violation du droit international humanitaire. Il s'agit ensuite d'assurer une assistance aux victimes survivantes d'agressions sexuelles, prenant en compte le caractère et les conséquences spécifiques de telles exactions sur ces personnes.
Enfin, en toile de fond, il convient de faire connaître à la population civile comme aux forces armées les règles de droit relatives à la protection spéciale des femmes en période de conflit armé, contribuant ainsi à conforter le principe du respect de la dignité des femmes qui prévaut dans toutes les cultures.