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30-06-2001  Revue internationale de la Croix-Rouge No. 842, p. 311-321 par André Pasquier
Action humanitaire: une légitimité en question ?

André Pasquier est conseiller politique, Comité international de la Croix-Rouge. Il était directeur des opérations du CICR de 1985 à 1989. — Adaptation française d'un exposé fait au Commonwealth Institute, à Londres, le 1er février 2001.


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S’interroger sur la légitimité de l’action humanitaire est une autre façon de s’interroger sur ce qu’est — ou ce que devrait être — l’espace humanitaire, un concept très souvent utilisé dans les discussions qui ont foisonné au cours de ces dix dernières années, sans que ce terme n’ait véritablement été défini. Cela reflète bien les divergences qui existent aujourd’hui au sein d’une communauté humanitaire devenue multiple, voire pléthorique (il y avait quelque 300 ONG présentes sur la frontière du Rwanda après le génocide). La confusion perceptible entre les acteurs de l’humanitaire est également sensible dans le dialogue qu’ils mènent avec les acteurs politiques, qui sont eux-mêmes très divisés sur le rôle politique des États dans la gestion des crises et sur le rôle des organisations humanitaires au sein de ces mêmes crises.

Cette confusion est bien à l’image d’un monde qui, ayant quitté un ordre ancien sans qu’un ordre nouveau ne se soit clairement établi, fonctionne sur un mode de déréglementation dominé par un pragmatisme difficilement conciliable avec une démarche humanitaire universelle ayant pour objet l’homme et pour finalité le respect de sa dignité. Il en résulte que, depuis la fin de la guerre froide, l’engagement humanitaire des États « dominants » procède d’une éthique à « géographie variable », dictée par leurs intérêts nationaux, et qui les conduit, par exemple, à intervenir au Kosovo et à demeurer totalement inactifs face au génocide rwandais. Il en résulte aussi pour les humanitaires qu’ils se trouvent tantôt seuls à devoir faire face à des situations qui dépassent leur capacité d’action et qui débordent largement le cadre de leurs mandats, ou, à l’opposé, qu’ils voient leur rôle réduit à celui d’acteurs marginaux lors d’interventions militaires menées par ces mêmes États dans des conflits où leurs intérêts politico-stratégiques viennent à coïncider avec les préoccupations des humanitaires.

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