Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
central-african-republic-feature-010807
6-08-2007  Éclairage  
République centrafricaine : des houes pour aider les personnes déplacées à survivre dans la brousse
À la suite des nombreuses attaques perpétrées dans le nord-ouest de la République centrafricaine, des villages entiers ont été désertés par leurs habitants, qui ont fui dans la forêt. Pour venir en aide aux plus vulnérables, le CICR a distribué de nombreux articles ménagers de première nécessité à plus de 13 000 familles, notamment des houes pour labourer leurs champs.

En cet après-midi de juillet, Gérard Kembi Nangindo marche le long d’un sentier forestier, portant à pleins bras des houes à manche court en fer. Au-dessus de lui, des oiseaux poussent des cris inquiets et des nuages de pluie s’amoncèlent.

« C’est ici que nous nous sommes réfugiés lorsque notre village a été attaqué, explique-t-il par-dessus son épaule, mais ce n’était pas vraiment sûr et nous entendions des coups de feu, alors nous sommes allés nous installer plus loin. »

L’événement auquel il fait allusion est l’une des nombreuses attaques perpétrées l’an dernier sur la route entre Boguila et Paoua, dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Gérard Kembi a fui avec sa sœur et sa famille, sa mère, sa grand-mère, sa grand-tante, trois cousins et leurs femmes. Ensemble, ils se sont finalement installés à environ deux kilomètres dans la brousse, près de leurs champs.

Le sentier forestier est bordé d’herbes à hauteur de taille et de plantes exhalant un parfum agréable. Tout autour, dans les broussailles enchevêtrées, de vieux arbres se dressent en direction du ciel, formant une voûte de verdure.

Plus loin, le sentier débouche sur un espace ouvert, où les arbres ont été abattus et la terre rouge retournée. La fraîcheur et l’ombre font place à un soleil oblique, qui darde ses rayons sur des pousses éparses de millet et de maïs, ainsi que sur un tapis de feuilles d’arachide vertes. Des toits de chaume décrépits et des bâches grises d’un camp de forêt se distinguent au loin.

C’est vers cet endroit que le jeune homme de 24 ans se dirige.

Des centaines de camps comme celui-ci sont disséminés dans la région, abritant des milliers de villageois déplacés qui ont fui le conflit opposant depuis plus d’un an les forces gouvernementales et les rebelles armés.

Gérard Kembi a reçu les houes qu’il transporte du CICR dans le village de Bodoli, plus tôt dans la journée. Ces nouveaux outils lui seront utiles pour compléter le vieux matériel qu’il utilise pour débroussailler ses champs.

Les broussailles envahissantes de la forêt ne sont toutefois pas les seules préoccupations des personnes déplacées qui vivent dans ces abris de fortune en brousse. La pénurie d’eau potable et de nourriture adéquate pose aussi des problèmes majeurs. Dans des conditions aussi précaires et faute d’un accès rapide à des soins de santé, même des maladies, des coupures ou des brûlures bénignes peuvent vite s’aggraver, en particulier chez les enfants.

Le CICR a distribué des seaux, des couvertures, des bâches, des moustiquaires et d’autres articles ménagers à quelque 8 000 familles dans la région de Paoua et de Markounda depuis l’an dernier. Au total, 5 500 familles supplémentaires recevront des articles similaires ces prochaines semaines. Les houes que Gérard Kembi et plus de 400 familles ont reçues à Bodoli ont été distribuées dans le cadre du même programme d’assistance, qui aura permis de venir en aide à des dizaines de milliers de personnes déplacées dans le nord-ouest de la République centrafricaine d’ici la fin du mois d’août.

Une logistique impressionnante a dû être mise en place pour mener à bien l’opération. Les articles lourds tels que les couvertures et les bâches sont envoyés en République centrafricaine par avion depuis Nairobi. D’autres articles sont acheminés depuis le Cameroun. Les produits disponibles sur le marché local, comme le savon et les bols d’aluminium, sont achetés sur place. Tout doit ensuite être transporté par camions commerciaux depuis Bangui, la capitale, sur des centaines de kilomètres de route non goudronnée et truffée de nids-de-poule.

Les 28 000 houes requises sont fabriquées à Paoua, où le CICR a ouvert un bureau en avril 2006.

La production des houes est assurée dans une zone de la ville dénommée le « quartier des forgerons ». La forge est exploitée par le forgeron Ibrahim Al Abid et ses 23 apprentis. Ibrahim Al Abid s’est initié au travail de forgeron aux côtés de son père, dont il a repris le commerce il y a 16 ans, lorsque celui-ci a pris sa retraite. Le volume de la commande du CICR stimulera l’économie locale et la forge, qui fabrique et répare des objets métalliques aussi variés que des épées, des brouettes et des voitures en panne.

« Nous travaillons d’arrache-pied pour cette commande », admet Ibrahim tandis qu’il tisonne un feu de charbon qu’un apprenti attise en actionnant un soufflet. « Mais ce n’est que lorsque je prends une journée de repos que je me sens fatigué », ajoute-t-il.

Les houes peuvent paraître insignifiantes au vu de l’énormité des besoins des populations réfugiées dans la brousse. Pourtant, même l’aide la plus infime compte aux yeux de ceux qui ont tout perdu.

Alors qu’il était à Bodoli pour la distribution des houes, ce 13 juillet dernier, Gérard Kembi a montré sa maison abandonnée à deux visiteurs. « Tout a été volé », a-t-il expliqué tristement, debout à l’entrée de la petite maison en adobe, désignant d’un geste large les recoins sombres de la pièce, qui comptait pour seuls meubles une bibliothèque en bambou et une bouteille thermos. Affiché contre un mur, un tract religieux portait cette inscription : « Qui peut avoir peur si Dieu est avec nous ? ». Après avoir refermé la porte, Gérard a pris la direction de la forêt portant à bout de bras les houes qu’il venait de recevoir. Les deux visiteurs lui ont emboîté le pas.

Arrivé au camp, Gérard salue sa femme et sa sœur, qui broient du manioc pour en faire de la farine dans un large pilon en bois, dépose les outils et s’en va se reposer de cette journée éprouvante.

Les deux visiteurs restent dans le camp un moment. Soudain, l’orage éclate et les nuages de pluie se déversent sur eux. Au moment de reprendre le sentier de la forêt en direction de Bodoli, ils aperçoivent un enfant nu tenant une houe dans chaque main, tellement fasciné par ces nouveaux jouets qu’il en oublie la pluie. Demain, ces outils seront utilisés à meilleur escient pour désherber les champs d’arachide.

©CICR / J. Björgvinsson / v-p-cf-e-00142
Préparatifs pour la distribution de houes à Bodoli.


©CICR / J. Björgvinsson / v-p-cf-e-00144
Gérad Kembi Nangindo (à gauche) range les houes, sous le regard attentif de sa femme (assise) et de sa sœur (debout), dans leur refuge en brousse.


©CICR / J. Björgvinsson / v-p-cf-e-00154
Michael Dürst, délégué du CICR, regarde le forgeron Ibrahim Al Abid (à droite) fabriquer des houes dans sa forge à Paoua.

Partager :
Autres documents dans cette section :
Dans le monde > Afrique > République centrafricaine 


Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2008  Comité international de la Croix-Rouge
6-08-2007