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2-08-2007  Éclairage  
République centrafricaine : un atelier de réparations en bord de route d'un village continue de faire tourner l'économie locale
Un des effets les plus dévastateurs du conflit qui oppose les forces gouvernementales et les rebelles armés depuis 18 mois dans le nord-ouest de la République centrafricaine est la quasi destruction des réseaux de soutien mutuel qui existaient au sein des villages et des échanges commerciaux et de services qui stimulaient l'économie locale. Jessica Barry, du CICR, raconte l'histoire motivante d'un réparateur de vélos et de ses efforts pour relancer son activité.

François Todjibe gare son vélo devant sa maison en briques de terre, dans le village de Betiboinda, écarte le tonneau qui fait office de porte d'entrée, et prend une boîte d'outils à l'intérieur. Après avoir étendu ses clés sur une bâche en plastique vert, il s'assoit sur le pas de la porte pour attendre les clients.

L'attente sera de courte durée.

Au bout de quelques minutes, trois vendeurs ambulants, poussant des vélos qui croulent sous des caisses en carton, s'arrêtent. Un des vélos a besoin d'être réparé.

« J'ai roulé sur plus de sept kilomètres depuis que mon vélo est tombé en panne, explique Jean-Claude Beatem, et je dois encore en faire 40 pour arriver à destination. Vous pouvez faire quelque chose pour moi ? »

M. Todjibe couche le vélo sur le flanc et se met au travail. Il retire les pédales et la chaîne, graisse les joints, et comme il n'a pas la pièce de rechange nécessaire, il en fabrique une dans un morceau de caoutchouc rond de couleur jaune. Après l'avoir un peu retaillé, il convient parfaitement.

Des scènes comme celle-ci rythment la vie au bord des routes de forêt de la République centrafricaine depuis de nombreuses années. Pour les vendeurs ambulants qui vont d'un village et d'une ville à l'autre pour vendre une pléthore d'articles ménagers et de vêtements, de médicaments et d'autres produits, les services de personnes comme Francois Todjibe, qui est un mécanicien expérimenté, sont indispensables, car les routes non goudronnées mettent bien à mal leurs vélos.

Aujourd'hui, des milliers de familles de villages aux alentours de la ville de Paoua, au nord du pays, ont quitté leur maison et vivent dans la brousse, dans des conditions précaires. M. Todjibe a fui avec sa femme et ses quatre enfants et s'est installé dans la forêt, à dix kilomètres de son village quand celui-ci a été attaqué en début d'année.

Même s'ils n'ont pas beaucoup à manger, si les conditions de sécurité sont précaires, s'ils peuvent à peine trouver de l'eau potable et que les risques sont grands pour leur santé, les gens disent avoir trop peur de rentrer chez eux tant que la situation qui oppose le gouvernement et les rebelles n'aura pas été débloquée.

Les personnes déplacées ont affronté l'adversité avec détermination et ont su s'adapter à la situation. La plupart des familles ont improvisé des abris de nattes de paille et d'herbe dans la brousse, à proximité de leurs champs, et s'alimentent de tubercules de manioc et de feuilles, de fruits et d'autres aliments sauvages.

Mais les relations et les liens qui faisaient la vie du village et unissaient les membres de la communauté dans le passé sont brisés. Les gens se plaignent de se sentir isolés et de ne pas pouvoir compter les uns sur les autres en période de pénurie car dans la brousse, tout le monde vit dans des conditions qui sont à la limite de la survie.

Après plusieurs mois à vivre dans ces conditions, M. Todjibe a décidé qu'il ne pouvait plus rester sans travailler. Il est retourné dans son village abandonné pour évaluer la situation, et a décidé de se risquer à rouvrir son atelier de réparation en bord de route.

Sa décision a été la bonne. En dehors d'un camion militaire et des véhicules humanitaires qui passent de temps en temps, seuls circulent actuellement entre Paoua et Betiboinda des charrettes à bras et des vélos, des gens à pied et un char à boeufs occasionnel. M. Todjibe a très vite eu de nombreux clients.

Maintenant, il prend son vélo tous les matins et quitte sa retraite pour se rendre dans le village où il travaille toute la journée devant son atelier, puis il rentre avant la nuit. Il n'ose pas encore passer la nuit dans sa maison.

Trois fois par semaine, il parcourt de longues distances à vélo pour se rendre dans des villages habités où les gens affluent pour faire du troc et commercer les jours de marché. Il s'y est fait connaître des vendeurs ambulants, ce qui a aussi contribué à bien faire marcher son travail en bord de route chez lui.

« Avant, il y avait des ateliers de réparation partout », explique le compagnon de Jean-Claude Beatem, pendant qu'il regarde M. Todjibe réparer le vélo. « Mais aujourd'hui, les gens sont dans la brousse et ne veulent pas en sortir, et il est difficile de savoir où les trouver ».

« C'est uniquement grâce à des gens comme M. Todjibe, qui ont eu le courage de revenir, que nous pouvons aller de l'avant », ajoute-t-il.

Une fois la réparation terminée, les trois hommes remontent sur leur vélo et reprennent leur long voyage sur la route glissante et non goudronnée, leurs sacoches pleines de boîtes de savon qu'ils vendront arrivés à destination.

C'est la fin de l'après-midi et le ciel plombé annonce la pluie. M. Todjibe range sa boîte à outils, la remet dans sa maison, tire le tonneau pour le placer en travers de la porte, et entame les dix kilomètres qu'il parcourt à son tour à vélo vers la forêt. Il a dans sa poche les 500 francs CFA (un dollar américain) qu'il a gagné pour son travail, témoins de ce réseau de soutien interactif qui autrefois contribuait au maintien de l'économie locale, une économie qui aujourd'hui ne tient qu'à un fil pour le moins ténu.

©CICR /J. Barry
François Todjibe (à gauche) répare le vélo de Jean-Claude Beatem.


Marché matinal sur la route qui mène à Paoua. (J. Bjorgvinsson) ©CICR /J. Björgvinsson / v-p-cf-e-00136

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