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28-11-2007  Éclairage  
République centrafricaine : malgré les pluies abondantes, les villageois doivent marcher pendant des heures pour aller chercher de l'eau potable
La République centrafricaine a subi des pluies et des inondations importantes au cours de l'été. Malgré cela, l'eau propre à la consommation demeure rare pour la majorité de la population, dans un pays où l'eau en bouteille vendue dans les supermarchés coûte un dollar US le litre. Nombre de personnes souffrent de maladies d’origine hydrique, et il est fréquent de voir des enfants au ventre ballonné à cause de parasites. Compte rendu de Marçal Izard.

Albertine, 29 ans, vit dans le village de Nwouna, dans la préfecture de Mbomou (sud de la République centrafricaine). Elle a eu six enfants, dont trois seulement ont survécu ; les trois autres sont morts quand ils étaient encore bébés. « Peut-être à cause du paludisme ou de la diarrhée », dit Albertine, qui n'avait pas pu amener ses enfants malades à l'hôpital. En effet, le plus proche se trouve dans la ville de Bangassou, à 25 kilomètres, et le chemin qui y conduit est en mauvais état. Dans cette zone pauvre, très peu de personnes ont les moyens de s'acheter une bicyclette, sans parler d'une voiture ; la plupart des voyages se font donc à pied.

Le point d'eau mis en cause

Robert, le mari d'Albertine, croit que la principale cause de maladie dans ce village de 106 habitants est le point d'eau qui n'est pas protégé et où les villageois viennent s'approvisionner en eau potable. D'autres familles ont les mêmes soupçons. Alex, par exemple, garçon de six ans au ventre gonflé, probablement en raison de parasites, se plaint de douleurs chroniques au ventre et de diarrhées. Hortence, sa mère, explique qu'il vomit souvent après avoir bu de l'eau. Les herbes traditionnelles n'ont pas réussi à calmer ses douleurs, et les comprimés achetés au prix fort dans une pharmacie de la ville ne le soulagent que temporairement, car le problème de l'eau polluée n'est toujours pas réglé.

À Bo, village situé dans l'ouest de la République centrafricaine, les préoccupations des habitants sont semblables. À la périphérie du village, une pompe manuelle vieille de 20 ans est restée à l'abandon depuis qu'elle a cassé il y a plus d'un an. À la saison sèche, les femmes et leurs enfants âgés d'à peine six ans doivent marcher deux heures par jour pour aller chercher de l'eau non potable dans des récipients de 10 ou 20 litres, qu'ils rapportent avec adresse jusqu'à chez eux, en équilibre sur leur tête. « À la suite des affrontements armés survenus il y a deux ans, de nombreux commerçants ont quitté la région, comme le marchand qui vendait les pièces de rechange pour la pompe », explique le pasteur Thomas, qui est aussi le président de la section Croix-Rouge de la préfecture d'Ouham.

Les équipes de spécialistes de l'eau au secours des habitants

Depuis 2005, les équipes chargées de l'approvisionnement en eau du CICR ont réparé des pompes manuelles, désinfecté des puits ouverts qui étaient contaminés et construit des latrines dans des dizaines de villages des préfectures de Basse Kotto et Mbomou, dans le sud du pays. « Il suffit souvent de bien peu pour permettre aux villageois d'avoir accès à l'eau potable », remarque Marcel Pelletier, ingénieur hydraulicien au CICR. Son équipe vient de terminer des travaux visant à protéger de la pollution une source d'eau naturelle desservant 1 100 habitants du quartier d'Outman, à Bangassou. Avec l'installation d'un point d'eau muni de trois tuyaux en métal et la pose d'une chape de béton juste au-dessus du captage des eaux, l'équipe a permis que les eaux sortant du sol restent propres. Plus bas, suffisamment loin de la source, un lavoir a été construit.

« Quoi qu'il en soit, les villageois doivent aussi s'arranger pour que leurs récipients soient propres et que les poulets et les chèvres restent éloignés, sinon les problèmes de pollution réapparaissent », souligne M. Pelletier. Face au manque de sensibilisation, qui est fréquent parmi la population, Jeannette Kanda, de la Société de la Croix-Rouge centrafricaine, anime une séance de promotion de l'hygiène à l'ombre d'un énorme manguier, devant plus de 60 femmes et anciens du village de Nabarka.

Pour que l'eau reste propre

Jeannette coordonne une équipe de volontaires formés, qui se rend dans 45 villages pour expliquer aux habitants comment ils doivent faire pour que l'eau reste propre, depuis le moment où ils remplissent leurs récipients jusqu'à la consommation, mais aussi comment jeter ses ordures sans risques de contamination. L'équipe donne également des conseils pratiques pour que chacun respecte des règles d'hygiène au quotidien.

« Au début, les gens sont sceptiques ; c'est pourquoi nous renouvelons nos visites. Nous nous rendons dans le même village deux fois par semaine. À la fin, les villageois arrivent en nombre et participent avec intérêt à nos séances interactives », raconte Jeannette.

Vu les bons résultats des programmes d'eau et de promotion de l'hygiène obtenus dans le sud du pays, le CICR prévoit de réaliser des projets similaires dans d'autres préfectures, notamment dans le nord, où de récents affrontements armés entre groupes rebelles et troupes gouvernementales ont forcé des dizaines de milliers de personnes à quitter leurs foyers, ce qui a rendu l'accès à l'eau potable encore plus difficile.

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Village de Nwouna. Albertine et sa famille.



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Femmes venant chercher de l'eau potable à un point d'eau protégé par le CICR, dans le quartier d'Outman, à Bangassou.



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Village de Nabarka. Jeannette Kanda, coordonnatrice à la Croix-Rouge centrafricaine, explique comment aller chercher de l'eau potable sans la contaminer.


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28-11-2007