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19-02-2008  Interview  
République centrafricaine : le CICR expose sa vision de l'action humanitaire dans le pays
Lors d'une rencontre avec des journalistes nationaux, Jean-Nicolas Marti, chef de délégation du CICR à Bangui, fait le point sur les activités de l'organisation en 2007 dans le pays et dresse les grandes lignes de son action pour 2008. Les activités de protection et d'assistance en faveur des victimes de la violence ainsi que la coordination humanitaire sont déterminées par un contexte qui reste incertain et fragile.

Pouvez-vous tirer le bilan de vos interventions en 2007 et quelles sont vos prévisions pour 2008 ?

En 2007, l'ouverture et le déploiement opérationnel des sous-délégations à Kaga Bandoro et à Birao ont permis au CICR d'être plus proche des victimes, d'appréhender l'environnement et surtout de réagir rapidement lorsqu'une urgence s'est présentée.

C'est ainsi que nous avons pu assister près de 130,000 personnes dans les zones conflictuelles, avec le soutien des volontaires de la Croix-Rouge centrafricaine. Dans ces mêmes zones, nous avons poursuivi notre travail de protection et de diffusion du droit international humanitaire (DIH), en priorité auprès des porteurs d'armes.

En 2008, nous prévoyons de distribuer des articles de première nécessité à 210,000 personnes. En plus des 130,000 "anciens" bénéficiaires qui recevront un complément d'assistance, près de 60,000 nouveaux recevront une assistance complète, sans oublier la fourniture d'outils et semences agricoles à plus de 5000 familles. Nous avons également prévu un stock d'urgence de nourriture pour 5000 personnes, pendant un mois.

Nous prévoyons aussi de réhabiliter les structures de santé dans les zones conflictuelles et d'apporter un soutien à l'unité de traumatologie de l'Hôpital communautaire de Bangui. Le programme de santé dans les lieux de détention en République centrafricaine va également se poursuivre.

Le travail de protection et de diffusion du DIH sera poursuivi et renforcé. C'est un travail de longue haleine. Le CICR est convaincu que ce n'est pas par un coup d'éclat médiatique sans aucun suivi que l'on arrivera à changer les choses. Au contraire, c'est en travaillant sur le terrain et dans la durée auprès des autorités que l'on peut arriver à changer les comportements.

De plus, nous allons intensifier notre soutien à la Croix-Rouge centrafricaine. L'enjeu pour le CICR d'avoir une Société nationale forte comme partenaire privilégié est crucial si nous voulons mener à bien nos opérations sur le terrain. La Croix-Rouge centrafricaine a connu par le passé des moments difficiles. Elle se remet petit à petit. Nous l'avons aidé à renforcer ses capacités d'intervention par le soutien à la construction d'un siège fonctionnel, la construction d'un siège préfectoral à Bangassou et la mise en place de structures locale à Ndélé et à Birao.


La problématique de l'eau est cruciale en RCA, pourquoi avez-vous limité vos interventions dans ce domaine aux seules régions de Mboumou et de la Basse-Koto ?

Effectivement, le CICR a choisi les régions de Mboumou et de la Basse-Koto comme zones d'intervention en 2004. À cette époque, il régnait dans le pays une situation de calme relatif mais, pour autant, le CICR ne souhaitait pas se retirer complètement de la RCA. Nous avons ainsi maintenu un programme d'eau et d'assainissement dans ces régions. Ce programme sera progressivement repris à son compte par la CRCA, mais continuera à bénéficier du soutien du CICR.

J'aimerais rajouter que le CICR n'a pas vocation à faire du travail de développement large. C'est le travail d'autres organismes internationaux, notamment le PNUD.

Aujourd'hui le problème de l'eau en RCA, en dehors des zones où le CICR intervient, est un problème structurel. En revanche, dans le Nord, on peut relier le problème de l'eau à une situation conflictuelle et le CICR va s'y engager.

C'est pourquoi, nous allons assister près de 120 villages en eau et en assainissement dans les zones conflictuelles. Nous sommes actuellement dans les phases d'évaluation pour savoir où et comment intervenir. Et nous allons dans ce domaine précis nous coordonner avec d'autres acteurs humanitaires.


Quelles sont vos principales difficultés sur le terrain ?

Laissez-moi d'abord souligner que le CICR a de bons contacts tant avec les autorités politiques et militaires de la RCA qu'avec les groupes d'opposition armés. Cet état de fait constitue une bonne base pour des garanties de sécurité indispensables pour mener à bien nos activités.

En RCA, les principales difficultés sont d'ordre logistique. Acheminer de l'assistance dans certaines régions représente un vrai défi d'organisation tant le réseau routier est défectueux à certains endroits. Nous avons également un souci de sécurité avec les coupeurs de route qui continuent d'écumer certaines régions. L'activité des coupeurs de route limite malheureusement les mouvements des humanitaires.


Beaucoup d'acteurs humanitaires en RCA s'organisent en vue de coordonner leurs activités. Quelle est la position du CICR vis-à-vis de la coordination humanitaire ?

À l'intérieur de la famille Croix-Rouge, c'est le CICR qui coordonne l'ensemble des activités internationales des diverses composantes du Mouvement présentes en République centrafricaine.

Cela dit, le CICR entend promouvoir une coordination avec d'autres acteurs humanitaires afin d'éviter les dédoublements fonctionnels ainsi que les éventuelles lacunes. En même temps, le CICR estime que cette coordination ne doit pas mettre en cause son image, qui est celle d'une organisation neutre, impartiale et indépendante, vouée exclusivement à la protection et à l'assistance des victimes. Nous voulons garder en toutes circonstances la confiance de toutes les parties impliquées. Cela est indispensable pour accéder aux victimes, assurer la sécurité de notre personnel et jouer nôtre d'intermédiaire neutre et impartial, comme nous l'avons fait récemment en Colombie, par exemple.

Vous conviendrez avec moi qu'un mélange du politique, du militaire et de l'humanitaire risquerait de mettre en péril cette confiance. Nous veillons à ce que la coordination ne mette pas en péril notre image.

Plus concrètement, et à Bangui, le CICR entretient des relations avec plusieurs ONG, institutions, programmes et fonds du système des Nations unies. La délégation développe avec les autres humanitaires un dialogue suivi, tant au niveau des contacts quotidiens sur le terrain que dans un cadre plus structuré, comme les réunions sectorielles ou les réunions de coordination du HDPT (Humanitarian and Development Partnership Team).

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19-02-2008