On connaît mal ce qui se passe en République centrafricaine…
La République centrafricaine est un pays qui a été oublié pendant des années par la communauté internationale. Il traverse pourtant une crise politique et militaire depuis une décennie. Cette crise a affectée la capitale Bangui, mais surtout différentes provinces qui connaissent toutes un sous-développement chronique, sans réelle présence des autorités politiques ou des services publics essentiels tels que la santé ou l'éducation. Le réseau routier est faible et les relations commerciales qui pouvaient exister avant la crise ont quasiment disparues aujourd'hui.
Le pays a connu un moment d'optimisme lors des élections de 2005, mais il n'a pas duré car les affrontements entre des mouvements rebelles et l'armée gouvernementale ont repris peu après. Ce climat d'insécurité a provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes dans le nord, une minorité ayant traversé la frontière tchadienne, le reste se réfugiant dans la brousse, parfois près de chez eux mais surtout à l'écart des axes routiers par lesquels transitent forces gouvernementales et rebelles.
Les problèmes humanitaires les plus importants aujourd'hui se posent donc en termes de protection de la population civile et d'assistance des déplacés qui vivent parfois dans des conditions extrêmement précaires, notamment pour ce qui est de l'accès à l'eau potable et au logement. C'est pour ces raisons que le CICR accroît sa présence dans le pays.
Comment le CICR répond-il à cette crise ?
Avant l'aggravation de la crise fin 2005, nous avons été présents pendant longtemps grâce, entre autres, à des programmes d'eau et d'assainissement. Depuis lors, nous avons ouvert en avril 2006 un bureau à Poua dans le nord et un autre en janvier 2007 à Kaga-Bandoro, plus à l'est. C'est à parti des zones conflictuelles que nous mettons en œuvre des programmes d'assistance et de protection en faveur des personnes affectées par les affrontements et l'insécurité.
Comme dans de nombreux contextes, nous nous assurons que les personnes arrêtées en relation avec le conflit sont détenues dans des conditions acceptables. En ce moment, nos efforts se concentrent principalement sur les représentations que nous faisons auprès des autorités politiques. Avec elles nous discutons du respect du droit international humanitaire (DIH) et des violations les plus graves commises à l'encontre de la population civile.
En matière d'assistance, nous continuons, d'une part, à faciliter l'accès à l'eau potable pour de nombreuses victimes et, d'autre part, nous avons procédé à une distribution de biens essentiels à la survie pour plus de 50,000 personnes en 2006. Nous allons répéter cette opération pour 80,000 bénéficiaires avant le début de la saison des pluies au mois de mai.
À quel genre d'exactions la population civile est-elle soumise ?
Les gens fuient les opérations militaires entreprises par les troupes gouvernementales et les mouvements rebelles. Ils fuient aussi des bandes organisées sans motivations politiques, communément appelées "coupeurs de route", qui profitent de l'anarchie pour commettre des actes de banditisme pur à l'encontre de la population. Beaucoup de gens ont vu leurs villages brûlés, leurs biens pillés, des membres de leur famille arrêtés, voire assassinés devant leurs yeux. Ils ont donc été forcés d'abandonner leurs villages. Ils ont construit des abris très sommaires là où ils se sont sentis en sécurité. Ils essayent de cultiver ce qu'ils peuvent pour survivre mais en l'absence d'échanges commerciaux, la vie est vraiment dure. Sans assistance internationale, elle serait intenable.
Quels sont les projets du CICR en 2007 ?
Continuer bien sûr nos activités de protection et d'assistance. Nous avons également le projet de lancer des programmes agricoles et piscicoles dans une optique de développement et de redémarrage économique. Nous entendons nous appuyer sur la Croix-Rouge centrafricaine pour mener à bien certains de nos projets. Cette Société nationale sinistrée il y a encore peu est devenue l'organisation centrafricaine de référence dans le domaine humanitaire. Nous l'avons aidé à se remettre sur pied, les branches dans les zones conflictuelles ont été réactivées, de nouveaux dirigeants et des volontaires recrutés et formés. Avec eux, nous aimerions aider les populations à regagner leurs villages, mais en l'absence d'un environnement sécuritaire acceptable, ceci n'est pas possible. Il appartient à toutes les autorités d'assurer cette sécurité.