L'école primaire de Mboka, à l'entrée de Goma, est une jolie petite école en bois avec des fenêtres bleues et des bancs presque neufs. Il y a trois semaines, quelques 280 écoliers y étudiaient encore; aujourd'hui, le bâtiment abrite plus de 800 déplacés.
"Les premières familles sont arrivées vers midi, le 27 octobre. Des gens épuisés, désespérés et effrayés, qui fuyaient les combats se déroulant dans leur village natal de Kibumba," raconte Bernard Nimusi, directeur de l'école. "Nous avons tout de suite compris que de nombreux autres déplacés allaient suivre".
Face au désarroi de ces familles, Bernard et les six autres enseignants de l'école la transforment en refuge. Les bancs sont sortis et les salles de classes deviennent des chambres à coucher. Dans la cour, les femmes allument de petits feux pour réchauffer leurs enfants et sécher les vêtements imbibés d'humidité par les longues heures de marche sous la pluie.
A la fin de la journée, les nouveaux habitants de l'école sont déjà quelques 500 adultes et plus de 300 enfants de tous âges. L'espace dans le bâtiment étant largement insuffisant, près de la moitié des déplacés passent leur première nuit à la belle étoile. Ceux qui ont la chance de rester à l'intérieur, dorment sur le sol. Pas de natte ni de couverture dans cet abri improvisé.
Une semaine plus tard, la vie dans l'école s'organise lentement. Quelques marmites bouillent sur les petits feux dans la cour. Le CICR a distribué des secours aux sinistrés de Mboka, dans le cadre de son opération d'assistance alimentaire aux 50 000 déplacés des camps de Kibati, principalement de la farine et des haricots.
"Cette nourriture va leur permettre de se nourrir durant une dizaine de jours", explique le directeur de l'école, qui a travaillé pendant des années comme volontaire pour la Croix-Rouge de la RDC et est devenu spontanément gérant de ce nouveau refuge pour déplacés. "Le drame que ces gens traversent aujourd'hui pourrait devenir le nôtre à tout moment : la ligne de front est située à peine à quelques kilomètres d'ici. Nous voulons vraiment les aider, mais les besoins sont immenses et il nous serait impossible de les secourir sans aide extérieure."
Des camions-citernes marqués d'une croix rouge passent au moins deux fois par jour pour fournir en eau potable les trois réservoirs en béton (installés par le CICR en 2005) qui se situent juste à côté de l'école. Accolée au bâtiment principal, une structure en bois couverte de bâches a été aménagée par le CICR et quelques mètres plus loin, la construction d'autres abris temporaires est en cours.
"La plupart ont maintenant au moins un toit, même s'il reste encore tant à faire pour leur assurer des conditions de vie décentes. Et savez-vous qu'elle est mon ambition à présent ?" demande Bernard. "J'aimerais tellement faire en sorte que nos enfants de Mboka et les nombreux petits des familles déplacées puissent de nouveau étudier. Il ne faut pas oublier qu'ici, nous sommes toujours dans une école."