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6-08-2007  Déclaration  
Atelier sur les règles régissant les opérations militaires : discours de bienvenue du chef de l'état-major général de l'armée suisse
Ce discours a été prononcé Christophe Keckeis, chef de l'état-major général de l'armée suisse, à l'ouverture de l'atelier pour officiers supérieurs sur les règles internationales régissant les opérations militaires (SWIRMO). Du 6 au 17 août 2007 à Genève.

Monsieur le vice-président, officiers et chers invités,

C’est un grand plaisir pour moi que de vous recevoir à la caserne des Vernets, dans ce magnifique canton et dans cette ville de Genève qui est la fenêtre de la Suisse sur le monde.

À Genève, l’accueil de manifestations et d’organisations internationales importantes s’inscrit dans une longue tradition, spécialement lorsqu'il s’agit du droit international des conflits armés et des droits humains.

L’armée suisse fait partie intégrante de cette tradition :

  • le général Guillaume-Henri Dufour, premier président et membre fondateur de la Croix-Rouge internationale, fut également notre premier commandant en chef ;
  • le général Herzog organisa, au cours de l’hiver de 1871, l’internement d’une armée française défaite (quelque 40 000 hommes) dans le Jura suisse, un véritable défi humanitaire pour l'époque;
  • et Frédéric de Mulinen créa pour les officiers supérieurs, il y a 30 ans, les fameux cours de San Remo sur le droit de la guerre, qui ouvrirent la voie à un enseignement plus pratique du droit de la guerre aux membres des forces armées.
J’ai donc été très heureux d’accepter l’offre du Comité international de la Croix-Rouge d'organiser conjointement ce nouvel atelier pour officiers supérieurs. Au nom du gouvernement suisse, j’aimerais vous remercier d’avoir accepté notre invitation.

Je suis tout à fait conscient du fait que chaque nation qui participe à cet atelier sur les règles internationales régissant les opérations militaires doit résoudre des dilemmes et des problèmes de sécurité qui lui sont propres. L’Europe occidentale n’est pas l’Afrique, et l’Amérique latine n’est pas l'Asie.

Les dangers auxquels nous devons faire face dans le monde d’aujourd’hui sont multiples :
  • la pauvreté et l’inégalité d’accès aux ressources peuvent déclencher des luttes pour avoir accès aux biens qui se font plus rares ;
  • les extrémismes de tous bords (politiques, religieux, ethniques ou raciaux) peuvent être à l’origine de troubles, de violence armée et de terrorisme ;
  • l’absence de droit et le mauvais fonctionnement des institutions étatiques peuvent entraîner le chaos.
La mondialisation de notre environnement ne nous permet plus de détourner le regard.
Vos problèmes deviennent les nôtres, et inversement. Le rôle des forces armées et de sécurité évolue très rapidement.

Bon nombre d’entre nous avons participé ou allons participer à des opérations de maintien de la paix.
Certains remplissent des tâches dans le cadre de missions de sécurité intérieure.
D’autres ont acquis de l’expérience lors de conflits armés.

Il est devenu essentiel de pouvoir coopérer avec des partenaires civils dans notre propre pays ou avec des partenaires étrangers, militaires ou civils, dans le cadre d’opérations multinationales.

Traditionnellement, les forces armées étaient mises sur pied pour assumer une fonction de défense face à des menaces militaires extérieures. De nos jours, elles sont utilisées dans un but plus large, qui est d'assurer la stabilité et la sécurité de la population. L’usage proportionné de la force revêt donc une importance centrale dans toutes les opérations militaires modernes :
  • une force exagérée peut déclencher de nouvelles violences et contribuer à l’échec de la mission ;
  • une force insuffisante provoquera des pertes dans nos propres rangs, mais aussi parmi ceux que nous voulions protéger, les civils.
Des normes communes, reprises dans des règles d’engagement claires, sont l’une des conditions du succès.
Je suis persuadé que le CICR a choisi à juste titre ce sujet comme thème central de cet atelier.

Le SWIRMO se penchera sur les règles régissant l'usage de la force par les acteurs étatiques, que ce soit les forces armées ou la police. Vous allez vous familiariser avec le cade juridique dans lequel s'inscrivent différentes actions stratégiques : de la guerre interétatique traditionnelle aux activités de maintien de l’ordre, en passant par les opérations de maintien de la paix.

Vous allez aussi parler des problèmes qui surgissent lorsque l'adversaire n'a pas la capacité ou la volonté de respecter les règles. Que faut-il faire dans ce cas-là ? Quelle incidence cela a-t-il sur notre mode d’action et notre conduite des opérations ?

Je vous invite à partager vos expériences personnelles et vos points de vue avec vos chefs de classe. Je vous invite à avoir des discussions franches et ouvertes, dans l’esprit d’officiers professionnels que nous sommes tous.

Soyez curieux, mais respectueux des autres. Certains sujets prêteront à controverse. Ce n’est pas un signe de faiblesse du SWIRMO, cela fait plutôt partie de ses points forts. Il faut que nous puissions aborder les questions en toute franchise. Ceci nous permettra de rechercher des solutions pratiques et d’élargir notre perception des choses.

Généraux, officiers, permettez-moi d’aborder une question clé relative au droit des conflits armés et aux droits de l'homme. Nous savons tous que des règles existent et que la plupart d’entre elles découlent du bon sens. Nous sommes fortement influencés par notre éducation et nos traditions. Et pourtant, nous devons parfois constater des comportements répréhensibles de la part des troupes et de leurs chefs, parce que ces règles ne sont pas suffisamment respectées ;
  • en partie, parce qu’elles ne sont pas connues,
mais aussi, et c’est là que nous devons relever le défi en tant qu’officiers supérieurs :
  • parce que nos officiers et nos soldats ne les imposent pas ou n’y obéissent pas en temps voulu et comme il se doit.
Comment y remédier ? Cet atelier pourrait être le premier pas vers le changement

Vous occupez tous des postes importants dans les forces armées, raison pour laquelle vous avez été choisis pour participer à cet atelier.

Le SWIRMO ne va pas s’intéresser qu’aux règles en tant que telles. Il doit vous transmettre des idées et des concepts vous permettant d’intégrer le droit des conflits armés et les normes des droits humains dans votre doctrine et dans la formation du personnel militaire.

Le SWIRMO n’est donc que le point de départ. Notre entreprise commune sera couronnée de succès si nous parvenons à appliquer dans notre contexte national certaines des notions que nous aurons apprises.
Chers participants : j’espère que l’atmosphère de ce cours sera stimulante et propice à l’apprentissage. Que le fameux esprit de Genève inspire vos discussions, dans les classes ou à l'extérieur. Ici, vous êtes sur un terrain neutre et vous pouvez vous exprimer à titre personnel. Faites bon usage de cette liberté.

Une journée spéciale a été prévue pour vous monter la Suisse et le travail de son armée. J’espère que vous trouverez du plaisir à votre séjour et que vous en garderez de magnifiques souvenirs.

Je vous remercie.

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6-08-2007