La Conférence a adopté un nouvel emblème, le cristal rouge. Qu'est-ce que cela signifie pour l'action du Mouvement ?
C'est un grand plus pour l’universalité du Mouvement. Les Sociétés nationales pour lesquelles l'utilisation de la croix rouge ou du croissant rouge posait un problème ont maintenant un autre choix. Le Mouvement devient ainsi un lieu où chacune a sa place.
Dans certaines circonstances, le nouvel emblème peut créer des conditions qui permettront aux membres du Mouvement de travailler dans de meilleures conditions de sécurité, étant donné qu’il n'a ni le bagage historique de la croix et du croissant ni les connotations qui leur sont parfois attachées.
Il permet également à des Sociétés nationales comme le Magen David Adom de travailler plus facilement à l'étranger, car elles peuvent associer leur emblème avec le cristal ou utiliser tout simplement le nouvel emblème. Pour l'essentiel, cette décision devrait contribuer à sauver plus de vies et à prévenir la souffrance.
Les conférences du Mouvement recherchent depuis toujours le consensus. Cette fois, il y a eu vote. Êtes-vous déçue ?
Non, car ce qui compte c'est le résultat, et le vote s'est révélé clairement en faveur du changement. La Conférence – c'est-à-dire les États, les Sociétés nationales, la Fédération internationale et le CICR – ont adopté à une très large majorité les changements aux Statuts du Mouvement qui permettent d'y introduire le cristal rouge : 237 délégations ont voté pour, 54 ont voté contre, et 18 se sont abstenues. Aussi le résultat dépassait-t-il largement la majorité des deux tiers requise, c'est-à-dire 194 votes.
Dans un contexte qui tend à être très politique, et aussi très chargé sur le plan émotionnel, le point de vue humanitaire l’a emporté, et ce sont les Sociétés nationales qui ont fait pencher la balance.
L'ambiance à la fin de la journée était celle d’une très grande satisfaction, voire de jubilation, lorsque le Magen David Adom et le Croissant-Rouge palestinien ont été reconnus par le CICR et admis au sein de la Fédération internationale.
Ces deux Sociétés sont maintenant devenues des membres officiels du Mouvement. Quelle sera leur contribution ?
Chacune, à sa façon, apporte des compétences considérables qui sont, malheureusement marquées par le climat de violence qui règne dans la région. Chacune dispose de spécialistes et de volontaires qualifiés et dévoués dont l'expérience et les compétences pourraient se révéler extrêmement précieuses pour de nombreuses autres Sociétés nationales.
Dans l'esprit du Mouvement, toutes deux ont, ces derniers temps, peu à peu noué des liens plus étroits – et même s'il reste encore beaucoup à faire, l'avenir est prometteur. Cela va bien au-delà des grandes déclarations : une coopération opérationnelle plus forte entre les deux Sociétés se traduira par une action plus harmonieuse sur le terrain, action qui à son tour impliquerait que davantage de vies sont sauvées.
Quelles seront les règles d'utilisation de l'emblème du cristal rouge ?
Il existe sur le plan international des règles contraignantes relatives à l'utilisation de l'emblème : les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels régissent en effet l’emploi protecteur de l’emblème (dans les situations de conflit armé), tandis que l'emploi indicatif – ou de « la marque » – est énoncé dans les règles du Mouvement.
L'emploi protecteur du cristal rouge sera le même que pour la croix ou le croissant. Toutefois, pour l'emploi indicatif, les Sociétés nationales auront la possibilité d'utiliser leur propre emblème – à condition qu'il soit déjà employé couramment – à l'intérieur du cristal. Aucune Société ne sera obligée de changer l'emblème qu'elle utilisait. Le choix entre les trois incombe dans tous les cas à chaque État, conformément au droit international humanitaire.
Il est cependant vital de faire connaître aussi largement que possible le cristal rouge – et ce qu'il représente – et de le faire respecter dans toute la mesure possible, et cela incombe au premier chef aux États.
Que faut-il faire pour que la question de l'emblème ne soit plus soulevée si un nouveau signe protecteur était cependant demandé ?
Cette question ne devrait pas se poser. En effet, le vote qui a eu lieu signifie que le Mouvement et les États ont adopté un emblème conçu pour répondre aux perceptions et aux réalités du monde d'aujourd'hui. De nombreux États parmi ceux qui ont donné leur accord n'existaient même pas en tant que tels en 1863, 1929 ou 1949, quand les traités en vigueur qui régissent l'emploi de l'emblème furent adoptés.
En outre, le cristal rouge n'a aucune des connotations religieuses ou culturelles qui – et c'est regrettable – ont au fil du temps été associées à la croix et au croissant dans l'esprit d'un certain nombre de personnes.
Il y en a qui ne sont pas heureux avec les résultats de la Conférence, et nous respectons leur point de vue. Mais nous estimons que, malgré les controverses, le Mouvement a réaffirmé son objectif humanitaire et témoigné sa loyauté à un idéal d'universalité.