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2-03-2007  Éclairage  
Les femmes en Irak : « C'est comme être dans une grande prison »
Le sort des femmes en Irak est de plus en plus préoccupant : les cas de meurtre, de viol et d'enlèvement signalés se multiplient, de même que les cas d'intimidation et d'oppression de manière plus générale. Trois Irakiennes expliquent ce que cela signifie de vivre sous la menace de la violence.

(Les noms des femmes interviewées ont été modifiés. « Leyla », qui vient d'Anbar, est active dans des organisations de défense des droits des femmes. « Amina » dirige à Bagdad une association humanitaire qui aide les orphelins et les sans-abri. « Mona » est fonctionnaire de l'administration à Basrah. Toutes trois ont participé à une conférence sur les besoins des femmes dans les conflits armé qui s'est tenue à Amman en décembre 2006.)


Quel impact a eu la guerre sur les femmes irakiennes ?

Leyla : Le conflit interne a eu des effets directs et indirects sur les femmes ici. Un effet direct a été que les Irakiennes ont dans une certaine mesure perdu leur identité et leur statut social au milieu de tout ce qui se passe dans le pays. Par exemple, les femmes parlementaires ne peuvent pas assumer pleinement leur position et leur rôle. Elles sont là seulement parce qu'il fallait certains nombres pour remplir et promouvoir des listes électorales.

Les effets directs et indirects du conflit sur les femmes ne peuvent pas être séparés de la situation générale, en particulier de la fracture sectaire. Il y a eu 500 divorces forcés en un mois à peine, tout simplement parce que maris et femmes appartenaient à des groupes religieux différents !

© CICR / U. Meissner / 04.2003 / iq-e-00035
Bagdad. Une mère et ses trois enfants vivant dans un sous-sol durant la guerre.

Amina : Le conflit a eu un impact direct sur les femmes, tant sur le plan matériel que sur le plan moral. Déplacements, meurtres, enlèvements et viols ont engendré un climat de terreur et d'angoisse. À ceci s'ajoute la peur de perdre des proches à cause de tous ces dangers et menaces. Cependant, il y a un côté positif à cette situation : les familles et les liens familiaux n'en prennent que plus d'importance.

La violence sectaire a aussi eu des effets négatifs considérables sur la situation sociale des Irakiennes. Les taux de divorce ont augmenté, causant des dommages matériels et psychologiques aux femmes. La femme irakienne se sent comme si elle était à l'intérieur d'une grande prison. De plus, la situation financière et économique des hommes a empiré (surtout en raison du chômage), ce qui fait peser un fardeau supplémentaire sur les épaules des femmes.

Mona : Les conflits internes naissent du sein même de la société. Ils sont souvent dus à la perte de sécurité générale et à des interventions extérieures. Je pense que le problème de l'Irak est temporaire. Espérons qu'il se terminera avec le temps et avec la détermination du peuple irakien à reconstruire son pays.


Comment les femmes irakiennes font-elles face, et peuvent-elles aider les autres ?

Amina : En ce qui me concerne, voyant les souffrances des Irakiens en général et des femmes en particulier et voulant faire quelque chose pour aider, j'ai décidé de créer un refuge pour les orphelins. J'ai réussi à rassembler des enfants de différentes sectes et religions – chiites, sunnites, chrétiens – afin que ce refuge représente en quelque sorte un Irak en miniature avec toute sa diversité religieuse.

En faisant cela, je voulais aussi mettre l'accent sur le fait que si la religion s'adresse à Dieu, notre pays, lui, est là pour nous tous, et que les gens peuvent vivre ensemble sans être privés de leur identité et de leur individualité.

Mona : Chaque famille vit dans la peur de ce qui pourrait arriver à chacun de ses membres. Pourtant, en tant qu'individus vivant dans notre société, nous gardons le silence sur ce qui se passe. Dans de telles circonstances, la femme est impuissante; elle ne pourra être active que si cette situation s'arrête.

Leyla : Bien que la femme irakienne soit vraiment sans moyens aujourd'hui, elle peut quand même, quand cela s'avère possible, apporter une certaine assistance économique et culturelle. Par exemple, j'ai pu aider 600 familles déplacées grâce à des secours fournis par le CICR.

Les femmes d'Irak peuvent aussi contribuer à propager les valeurs religieuses de la bonne façon. C'est particulièrement important actuellement, si l'on considère que certains médias ont complètement passé sous silence la femme irakienne et sa souffrance, surtout à Bagdad, tout en mettant l'accent sur le sectarisme.

Comment voyez-vous l'avenir des femmes d'Irak ?

© CICR / C. Black / iq-e-00022
Diwaniya. Campagne d'information sur la vaccination anti-poliomiélite des enfants mené par une volontaire du Croissant-Rouge irakien.

Mona : La femme irakienne a prouvé qu'elle avait un grand potentiel. Mais tous les récits tragiques que nous avons entendus à son sujet sont très loin de la réalité – qui est bien, bien pire.

Leyla : Je n'ai aucune vision claire de l'avenir des femmes irakiennes. À Anbar, grâce à la nature de la communauté – qui est composée de tribus et de familles étroitement liées entre elles –, nous ne connaissons pas la violence sectaire ou domestique contre les femmes.

Amina : Pour moi, l'avenir de la femme irakienne sera beau et positif, mais seulement lorsque la tragédie que nous vivons actuellement sera finie et que toutes ces milices auront disparu. La femme irakienne est forte et elle a réussi à résister à l'épreuve de l'histoire, notamment en aidant les autres à retrouver leur humanité et leur confiance en eux.


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