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27-10-2006  Interview  
"Nous continuons à jouer notre rôle"
Sami Al Dahdah, président de la Croix-Rouge libanaise, revient sur l'implication de sa Société nationale dans les événements de cet été et fixe les priorités pour l'avenir.

© CICR / Jon Björgvinsson / lb-e-00534
Sami Al Dahdah

Quelles sont actuellement vos activités principales ?

Nous assurons le travail de secourisme, le transport des malades et des blessés, les premiers soins sur l'ensemble du territoire libanais. Le département médico-social s'occupe des malades, des handicapés, et distribue de l'aide alimentaire qui nous arrive de l'extérieur.

Nous nous occupons aussi de l'aspect sanitaire, à travers le département de la Jeunesse. Il y a aussi un programme de soutien psychologique, mis en place récemment. Au départ, ce service était destiné aux bénévoles de la Croix-Rouge libanaise, mais nous voulons l'étendre aux gens touchés par la guerre. Je voudrais aussi mentionner notre banque du sang, qui couvre environ 90 pour cent des besoins de la population. Nous projetons de couvrir tout le pays, dès que possible.

En revanche, la reconstruction et l'aide alimentaire en général, c'est l'affaire du gouvernement.


Donc la Croix-Rouge libanaise reste très active.

Nous continuons à jouer notre rôle. Si nous devions attendre du gouvernement qu'il prenne en main toutes ces choses, cela prendrait des années. Et surtout, le gouvernement compte sur la Croix-Rouge libanaise. Le rôle initial que doit garder la Croix-Rouge libanaise et sur lequel j'insiste, c'est cette vie commune des jeunes libanais qui ont l'esprit humanitaire. Il n'y a aucune autre société, aucun département de l'État qui fait cela. Selon moi, le rôle majeur que doit jouer la Croix-Rouge libanaise, c'est la formation de ces jeunes, c'est l'éducation à la paix ! C'est notre rôle principal comme Croix-Rouge libanaise et comme Croix-Rouge dans le monde.

Le président secouriste
Je suis fils de médecin. Mon père exerçait à la campagne, loin de Beyrouth. Nous habitions un village près de Byblos. Ses collègues ont tous pratiqué la médecine dans la capitale où ils sont devenus riches. Mais mon père n'a pas voulu quitter sa région où il était le seul médecin. Au sortir de la Première Guerre mondiale, la pauvreté sévissait dans toute la région. Il soignait les gens sans toucher la moindre piastre et leur faisait parvenir des médicaments qu'il payait de sa poche. Comme il n'y avait pas d'hôpitaux dans la région, mon père devait faire toute la petite chirurgie lui-même dans la clinique qu'il avait fondée. Dès mon plus jeune âge, j'étais près de lui pour l'aider durant mes vacances. Je n'étais donc pas loin du domaine d'activités de la Croix-Rouge.

Quand la guerre a éclaté en 1975, j'avais décidé de faire n'importe quelle formation, sauf la médecine, car je voyais mon père, fatigué et lui-même malade. J'ai donc opté pour des études d'agronomie. Mais un jour, après avoir visité un ami hospitalisé à Byblos, je me suis rendu à la banque du sang où une campagne de récolte pour les blessés de la guerre était en cours. Les organisateurs qui me connaissaient m'ont dit : " S'il vous plaît, venez nous aider, vous êtes fils de médecin." C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à m'investir. Ce "coup de main" a duré 31 jours pendant lesquels je suis resté à l'hôpital, sans en sortir, sauf une fois pour aller prendre un bain et me changer !

Puis j'ai formé une équipe d'une centaine de jeunes pour venir en aide aux blessés à l'intérieur de l'hôpital. C'est ainsi que je suis arrivé à la Croix-Rouge libanaise, à travers le CICR. Je ne savais pas alors qu'il existait un département du secourisme à la Croix-Rouge libanaise. J'ai ainsi pu former la première équipe de secouristes qui a vraiment travaillé sur le terrain. Puis, région par région, j'ai aidé à la formation d'autres équipes. En une année, les secouristes sont passés au nombre de 500. Et cela a continué.

Je suis alors devenu chef du département des secouristes à la Croix-Rouge libanaise. Après douze ans à la direction de ce département et après avoir été élu membre du Comité central, j'ai été nommé président de cette Société. C'est un honneur pour moi d'occuper ce poste, entouré de collègues qui étaient auprès de moi durant toute ma carrière… Il faut souligner que la seule organisation qui m'ait vraiment porté et qui m'ait permis d'en arriver là, c'est le CICR, auquel je dois un grand merci.

Comment la Croix-Rouge libanaise parvient-elle à garder son unité dans cette société multiconfessionnelle soumise à des vents contraires ?

La vocation humanitaire est innée. C'est la première chose. Et le recrutement, pour lequel nous sommes très exigeants, joue un rôle primordial. La deuxième chose, c'est la formation de ces gens et la façon de les faire vivre ensemble.


Quelles sont vos priorités pour les mois à venir ?

D'abord, le secourisme. Les médicaments, surtout pour les personnes atteintes de maladies chroniques, et les aliments pour nourrissons. Tout ce qui est sanitaire afin d'empêcher la propagation d'épidémies.

Et la banque du sang. Ce projet va prendre du temps, mais cela n'empêche pas qu'il faut soutenir les banques du sang dans toutes les régions du pays. Nous avons besoin d'un système informatique qui fasse le lien entre toutes ces banques afin que nous connaissions l'état des stocks et puissions prendre les mesures nécessaires pour avoir toujours du sang frais et testé à disposition.


Comment la Croix-Rouge libanaise a-t-elle répondu à la crise de cet été ?

Au début de la guerre, lorsque le blocus nous a empêchés de faire entrer la moindre donation, je n'ai pas eu d'autre choix que de laisser la liberté à ceux qui voulaient nous faire parvenir des donations de le faire, pourvu que nous puissions ensuite les distribuer à la population. C'était mon seul but. À travers la Croix-Rouge libanaise ou à travers d'autres voies, peu m'importait pourvu que les gens arrivent à avoir de la nourriture et des médicaments. Mais il est dommage que personne d'autre que la Croix-Rouge libanaise n'ait pu arriver chez les gens qui étaient piégés par les bombardements.

Une fois les combats terminés, j'ai mis des limites. Nous avons un bureau de coordination à la disposition des Sociétés nationales qui travaillent toutes maintenant en collaboration avec le Comité des catastrophes de la Croix-Rouge libanaise. On est ainsi arrivés à canaliser 80 pour cent des donations.


Les donations ont afflué au Liban. Comment trouver l'équilibre entre la générosité et les besoins des gens ?

À la réunion de coordination des Sociétés nationales de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge organisée à Genève les 14 et 15 août 2006, j'ai lancé un appel pour que les donateurs s'enquièrent de la nature de nos besoins avant de nous faire parvenir une aide. Lorsqu'une donation nous parvient sans que nous ayons pu être consultés auparavant, il y a un risque qu'elle soit inutile, voire qu'elle constitue pour nous une charge trop lourde à assumer. Mais vous ne pouvez pas dire non aux donateurs, c'est là le problème ! Nous n'avons qu'à les prier de ne plus envoyer des aides, c'est tout ce que nous pouvons faire.


Comment marche la coopération et la coordination avec le CICR ?

Je n'ai jamais eu de problèmes avec le CICR. Il y a une totale compréhension, de part et d'autre. Durant toute ma vie à la Croix-Rouge libanaise, j'ai toujours coopéré avec le CICR. Et l'aide du CICR, surtout au département du secourisme, ne s'est jamais interrompue depuis les années 1979-1980. Comme j'étais chef de ce département, j'ai toujours été en relation avec le CICR.

Dans ce conflit, nous avons collaboré pour transmettre des messages Croix-Rouge entre les membres d'une même famille séparés par les affrontements, ou pour évacuer des blessés ou enlever des cadavres dans des zones de combat.


Parlons du drame touchant certains des ambulanciers, de celui qui est mort et de ceux qui ont été blessés.

Des ambulances de la Croix-Rouge libanaise ont été touchées à plusieurs reprises par des projectiles, blessant des secouristes et des blessés transportés. Le 11 août, le secouriste Mikhael Jbayleh, a été tué près de Marjayoun. J'ai demandé au CICR lors de la réunion de Genève du mois d'août dernier d'exposer aux autorités israéliennes nos préoccupations, notamment en ce qui concerne le respect de la mission médicale. Je vois là le vrai rôle du CICR, un rôle d'intermédiaire neutre. Je sais bien que c'est très délicat mais je fais pleinement confiance au CICR.


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27-10-2006