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31-03-2006  Éclairage  
Népal: première mission dans une situation de conflit
Parti pour la première fois comme délégué pour le CICR, Christoph von Toggenburg, est rentré du Népal en février, après une année de mission dans une zone reculée du pays. Il parle des activités qu’il a menées sur place et explique comment la population civile est éprouvée par le conflit entre les maoïstes et le gouvernement.

Quelle était la situation dans la zone où vous étiez ?

Le bureau du CICR de Nepalganj se trouve dans la partie occidentale du Népal. C’est une région isolée, montagneuse et sauvage, divisée en huit districts. La plupart des zones reculées sont contrôlées par les maoïstes ; les villes principales par le gouvernement. La situation est extrêmement tendue et instable, et les affrontements entre les maoïstes et le gouvernement sont fréquents.

Comment les Népalais font-ils face à cette situation ?

En fin de compte, tout ce à quoi aspirent les habitants de cette région du Népal est de pouvoir vaquer à leurs occupations quotidiennes. Peu leur importe qui est au pouvoir.

D’un côté, les maoïstes imposent des restrictions de déplacement, de sorte que les habitants ne peuvent pas toujours se rendre dans les villes principales, sauf autorisation spéciale. Ils sont aussi soumis à des blocus de la part des rebelles, ce qui les empêche d’avoir accès aux biens de première nécessité, parfois pour de longues périodes.

D’un autre côté, il arrive de temps à autre aux autorités de mettre en place des points de contrôle qui peuvent être difficiles à franchir et entravent la liberté de mouvement.

L’impact psychologique direct est très fort, car les gens se sentent constamment menacés. Les pénuries alimentaires ne sont cependant pas aussi graves qu’elles pourraient l’être. En général, les habitants sont autosuffisants, possèdent leur propre bétail et cultivent des légumes sur des terrains qui leur appartiennent. De plus, beaucoup de jeunes vont travailler en Inde voisine et ramènent de l’argent à leur famille. Ce phénomène a toujours existé, mais il s’est accentué depuis le début du conflit.

En quoi votre activité sur place a-t-elle consisté ?

Au Népal, les délégués travaillent dans tous les champs d’activité du CICR. Le rétablissement des liens familiaux prend beaucoup de temps, surtout avec les maoïstes. Mais ce sont les visites aux personnes détenues, tant par le gouvernement que par les maoïstes, qui constituent le gros du travail.

Ce n’est qu’au terme d’un long processus que le CICR a été en mesure d’effectuer des visites aux personnes détenues, conformément à son mandat. Nous avons déployé des efforts considérables et la situation dans ce domaine s’est nettement améliorée. Le CIRC est de plus en plus reconnu et la confiance dont il jouit ne cesse de croître.

Du côté des maoïstes, nous devons faire preuve de beaucoup de patience pour nouer des liens avec eux et les amener à avoir confiance en nous. Nous rencontrons les leaders et négocions au coup par coup le libre accès aux lieux de détention. C’est donc chaque fois comme une récompense de pouvoir enfin rencontrer les détenus.

Du côté du gouvernement, nous visitons régulièrement les camps militaires, les postes de police et les prisons. C’est plus facile, pour des raisons logistiques, que de visiter les personnes détenues par les rebelles. Du côté des maoïstes en effet, les détenus ne restent pas toujours au même endroit : ils sont tout le temps déplacés d’un lieu de détention à un autre.

Enfin, nous avons pu reprendre nos visites dans les casernes, après une interruption temporaire, faute d’avoir pu travailler selon les modalités du CICR.

Quel est l’évènement qui vous a le plus marqué ?

Comme c’était ma première mission pour le CICR, je n’avais jamais travaillé dans une situation de conflit. J’avais d’autant moins d’expérience qu’il s’agit d’un conflit très virulent. Je me souviens d’une fois où nous roulions vers l’extrême ouest sur une jolie route traversant des rizières verdoyantes. Soudain, nous sommes tombés sur deux cadavres qui gisaient dans une mare de sang, couverts de milliers de mouches, au milieu de la chaussée. Les deux personnes avaient été abattues durant la nuit. Dans la crainte que les corps aient été piégés à l’explosif, personne n’avait osé les recouvrir. Le plus choquant, pour moi, était de voir ces deux personnes étendues là – ces deux cadavres – et la vie continuer comme si de rien n’était. Des gens à bicyclette, des buffles, passaient sur la route. C’était un bien triste spectacle.

J’ai été très ému à une autre occasion, une fois que le CICR était parvenu à tirer un garçon de douze ans d’un grand danger à la suite de menaces de mort dont il avait été la cible. Nous avons pu par la suite l’emmener en lieu sûr, à Katmandou, où il étudie aujourd’hui dans une bonne école. Il est intelligent et réussira sans aucun doute.

Quelles impressions générales retenez-vous du Népal ?

J’ai été fasciné par ce pays. Nous avons dû tellement marcher qu’on peut presque parler de trekking humanitaire !

Nous avons toujours été très proches de la population. C’était fabuleux de communiquer avec les habitants, de nous rendre compte de la manière dont ils vivent et de voir leurs besoins. Quant au conflit, c’est une triste histoire. C’est un conflit qui fluctue, qui va et qui vient, mais il est difficile d’imaginer une solution dans un futur proche.

©ICRC/C. v. Toggenburg
Christoph dans les montagnes de l'Himalaya





©ICRC/C. v. Toggenburg
Beri hôpital de Nepalgunj, remises de béquilles à une victime du conflit




©ICRC/C. v. Toggenburg
Nepalgunj


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31-03-2006