25-01-2008 Interview Gaza : la situation humanitaire reste critique Des centaines de milliers de Gazaouis désespérés se ruent en Égypte pour s'approvisionner en produits de première nécessité : c'est l'illustration dramatique du dénuement dans lequel ils vivent depuis sept mois, selon le chef des opérations du CICR pour le Moyen-Orient, Béatrice Mégevand-Roggo. Le CICR continue d'insister sur le fait qu'il faut répondre aux besoins essentiels de la population de Gaza sur le long terme pour éviter de plus grands problèmes. Béatrice Mégevand-Roggo
Comment décririez-vous la situation humanitaire qui prévaut aujourd'hui à Gaza ?La situation humanitaire reste critique. Nos délégués à Gaza disent que la population se rue en Égypte pour s'approvisionner en nourriture, en fioul et en médicaments : c'est illustration dramatique du dénuement qu'elle a dû endurer ces derniers sept mois.
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Depuis juin 2007, Gaza est de plus en plus isolée du monde extérieur, ce qui entraîne une grave pénurie de produits essentiels. Des mois de restrictions commerciales sur les biens importés ont rendu la population extrêmement vulnérable, et les récents événements ont fait peser sur elle une menace encore plus lourde d’un point de vue humanitaire. Les infrastructures sont sur le point de s'effondrer, et les efforts humanitaires sont sérieusement entravés, voire entièrement stoppés dans certains cas, par les règles et les procédures d'entrée strictes imposées par les autorités israéliennes aux quelques points d'entrée du territoire.
Quelles conséquences l'ouverture du point de passage de Rafah, à la frontière, a-t-elle eu sur la situation dans le territoire ? Selon l'UNRWA [NDT : acronyme anglais qui désigne l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient], depuis le 23 janvier, près de la moitié de la population de Gaza a pénétré en Égypte par le point de passage de Rafah. L'ouverture du passage a donné un peu de répit aux Gazaouis, qui profitent aussi de l’occasion pour se faire soigner dans les hôpitaux du Caire et pour organiser des réunions avec des membres de leur famille vivant dans la région.
©Reuters /M. Salem
Des Palestiniens pénètrent en Égypte après avoir franchi la partie détruite du mur qui sert de frontière entre la bande de Gaza et l'Égypte.
Notre équipe sur le terrain raconte que les maisons particulières, les magasins, les stations de pompage de l'eau et les hôpitaux de la ville de Gaza sont maintenant mieux alimentés en électricité, mais les véhicules privés sont rares dans les rues en raison de la pénurie de carburant, et aussi de la forte densité du trafic entre Gaza et l'Égypte. Les enfants, qui ont besoin de transports pour se rendre à l'école, n'ont pas pu aller en classe – le 24 janvier, on a relevé un taux d'absence d'environ 45 %.Le 22 janvier, des camions transportant du fioul ont été autorisés à traverser le point de passage de Nahel Oz, mais seuls 13 camions transportant une aide alimentaire humanitaire ont pu franchir le point de passage de Kerem Shalom pour entrer dans la bande de Gaza, ce qui est beaucoup moins que le quota journalier autorisé de 50 camions. Parmi ces camions se trouvait un véhicule du CICR contenant 40 m3 de médicaments essentiels et d'articles jetables qui faisaient cruellement défaut. S'il a été encourageant de voir la réouverture partielle de deux points de passage contrôlés par les forces de défense israéliennes, nous sommes préoccupés par le fait que cela ne sera pas suffisant pour assurer l'approvisionnement régulier des prestataires de soins de santé de Gaza en médicaments et en matériel médical essentiel. La pénurie de fioul est elle aussi un sujet de préoccupation constant pour les hôpitaux.
D'après le CICR, qu'est-ce qui doit changer ? Nous insistons pour que la livraison d'une assistance humanitaire primordiale soit garantie à long terme afin d'éviter de plus grands problèmes à la population. Nous avons demandé à toutes les autorités responsables d'ouvrir les points de passage de manière régulière pour que l'on puisse répondre aux besoins élémentaires de la population de Gaza. Le bouclage complet de la bande de Gaza du 17 au 22 janvier a encore compliqué une situation qui était déjà très grave. C'est la raison pour laquelle le CICR répète qu'il est nécessaire pour le personnel et les secours humanitaires de revenir aux mêmes niveaux d'accès que ceux qui existaient avant juin 2007. Par ailleurs, le CICR réitère son appel à Israël afin qu'il respecte les obligations qui lui incombent en vertu du droit international humanitaire, et aux factions palestiniennes afin qu'elles cessent de prendre les zones civiles pour cible et de mettre en danger la vie des civils. |