Le CICR a dû accroître ses activités d’information publique en Sierra Leone, une rumeur circulant qu’il avait apporté son soutien à une des parties au conflit pour laquelle il avait en outre pris fait et cause. L’institution est actuellement prise dans la tourmente d'une guerre extrêmement complexe, et les idées erronées qui circulent autour de son action l’ont incitée à s’attaquer de front au problème en expliquant son mandat, ses principes et ses modalités de travail. Le CICR a notamment abordé des questions relatives à l’usage et aux abus de l’emblème de la croix rouge, ainsi qu’aux principes fondamentaux régissant son action humanitaire partout dans le monde.
Les forces armées de la République de Sierra Leone ont été l’un des publics cibles de ces séances de diffusion, dont le but était d'apprendre aux militaires à accepter et à soutenir l'action humanitaire du CICR, et de les aider à intégrer les principes du droit international humanitaire dans la doctrine militaire.
Le sergent Kamara, 42 ans, a déclaré que les séances auxquelles son bataillon avait assisté ont contribué de manière décisive à ce que lui et ses hommes comprennent beaucoup de choses ayant trait au droit international humanitaire et au CICR. Et de faire observer que dans la coutume de la Sierra Leone il existe des règles régissant le comportement en temps de guerre depuis bien avant l’avènement des Conventions de Genève. Selon la tradition, par exemple, avoir commerce avec une femme serait une profanation des pouvoirs du guerrier, et le viol est interdit. La coutume proscrit également toute attaque contre des lieux sacrés tels que mausolées, églises, mosquées, etc. En outre, lorsqu’un chef de guerre capture des soldats des rangs adverses, ceux-ci passent sous son pouvoir, devenant parfois ses esclaves. Et la liste est encore longue.
Le sergent Kamara a été en mesure de faire un parallèle entre les règles essentielles du droit humanitaire moderne et celles dictées par la tradition. Il s’est toutefois dit frustré du fait que le CICR ne puisse pas faire grand-chose pour « lutter contre les violations flagrantes du droit international humanitaire en Sierra Leone », avant et pendant le conflit.
Par le biais de ses séances de diffusion, le CICR s’est employé, tout au long du conflit, à toucher commandants et militaires de tous rangs des nombreux groupes armés que compte le pays. Tous n’ont pas pu assister à ce genre de séances, et il convient de noter que c'est au gouvernement constitutionnel du pays qu'incombe au premier chef la diffusion du droit international humanitaire auprès des militaires de tous grades. Pendant tout le temps qu’a duré le conflit, le CICR s‘est efforcé de rappeler aux porteurs d’armes leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit des conflits armés, mais aussi d'apporter leur soutien au gouvernement dans ses efforts visant à faire connaître cette branche du droit, à en intégrer les principes dans la législation nationale et à les mettre en pratique.