Au cours de sa visite, qui a duré cinq jours, le président Kellenberger a rencontré des représentants du Gouvernement soudanais, de la faction de l'Armée de libération du Soudan dirigée par Minni Minawi, ainsi que des groupes armés qui n'avaient pas signé l'Accord de paix sur le Darfour en mai 2006.
Lors d'une conférence de presse au siège du CICR à Genève, le 23 février, M. Kellenberger a déclaré avoir dit à toutes les parties qu'elles devaient respecter le droit international humanitaire et assurer le maintien de l'ordre public dans les zones sous leur contrôle.
Il y a pour le moment peu de signes d'une solution politique solide, a-t-il ajouté, et la fragmentation des groupes armés complique encore un contexte déjà dangereux.
Il a expliqué que le CICR continuait à suivre de près les violations du DIH et à les porter à l'attention des autorités concernées, conformément aux modalités de travail habituelles de l'institution. Cependant, les taux de plus en plus élevés de criminalité et de banditisme causent des problèmes majeurs aux organisations humanitaires qui s'efforcent de venir en aide aux civils touchés par la situation de violence.
Le CICR est la principale organisation internationale humanitaire qui travaille au Darfour en dehors des centres urbains et des camps de personnes déplacées, aux côtés de quelques autres organisations telles que Médecins sans frontières (MSF). Il apporte des secours à plus d'un demi-million de personnes vivant dans des villages et parmi les communautés nomades.
Le CICR a exprimé son inquiétude croissante face à l'insécurité ambiante au Darfour depuis une détérioration très nette de la situation durant l'année 2006. L'incident le plus grave a été l'enlèvement et le meurtre d'un membre du personnel du CICR dans la région de Jebel Marra en août dernier. Cela a conduit à une suspension provisoire des activités dans cette zone du Darfour Nord où les combats sont incessants.
En décembre, un très grave incident de sécurité dans un camp de personnes déplacées à Gereida a forcé toutes les autres organisations humanitaires à se retirer. Le CICR a donc été obligé de reprendre un large éventail d'activités d'assistance dans le camp pour fournir vivres, eau et soins de santé aux quelque 120 000 personnes qui s'y trouvaient, parmi lesquelles 18 500 enfants âgés de moins de cinq ans.
Quant aux activités de nutrition, elles se poursuivent sur la base d'un projet conjoint avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge britannique et australienne.
Avec l'accroissement de ses responsabilités dans le camp, le CICR a renforcé ses effectifs à Gereida afin de poursuivre la mise en œuvre de sa stratégie consistant à concentrer ses activités sur les communautés rurales isolées et à prévenir ainsi d'autres déplacements.
Le président Kellenberger a précisé que, pour le moment, les personnes déplacées à Gereida ne pouvaient pas espérer rentrer chez elles, l'insécurité étant encore trop grande dans leurs régions d'origine.
Bien que toutes les parties au conflit acceptent dans l'ensemble la présence du CICR au Darfour, en tant qu'organisation neutre et indépendante, cela ne signifie pas que le personnel de l'institution ne coure aucun risque d'attaque. Le président Kellenberger a donc souligné la nécessité de respecter la mission du CICR.
« On parle beaucoup des processus de paix, mais je tenais à rappeler clairement à toutes les parties au conflit que le droit international humanitaire doit être respecté en temps de conflit armé, qu'une solution politique soit trouvée ou non. De plus, j'attends d'elles qu'elles prennent des mesures sérieuses et concrètes pour assurer la sécurité du personnel humanitaire. »
Le président Kellenberger a insisté sur l'engagement du CICR envers les habitants du Darfour et a déclaré qu'à Gereida du moins, il craignait que l'institution ne doive travailler seule pendant quelque temps.
Il a estimé que l'institution aurait besoin d'une somme supplémentaire qui pourrait atteindre 30 millions de francs suisses pour l'année en cours si elle voulait répondre aux besoins des personnes déplacées à Gereida.
À ce jour, le CICR compte environ 1 960 collaborateurs au Soudan, dont 160 expatriés. C'est la plus vaste opération de l'institution dans le monde.