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Le camp pour personnes déplacées de Pawel, district d’Amuru. John Owor a été évacué par le vélo-ambulance après qu’une infection bactérienne à la jambe l’a rendu incapable de marcher.
Un jour au début d’avril, la douleur lancinante dans sa jambe enflée et ulcérée devint insupportable pour John Owor. « Je venais d’enterrer mon père, et je n’avais plus d’argent pour payer le transport. Un mois plus tôt, il n’y aurait pas eu de solution pour moi », déclare-t-il.
Mais ce jour-là, son frère se rendit à pied au centre de santé de Pawel, à quelques kilomètres, et revint avec un vélo tirant un brancard monté sur des roues et recouvert d’un matelas en mousse. Au centre de santé, on diagnostiqua un ulcère de Buruli, une infection bactérienne qui provoque une destruction étendue de la peau et des tissus mous. « Ils m’ont fait une injection et m’ont donné des comprimés, ce qui a calmé la douleur », explique-t-il. Dans quelques semaines, ce père de huit enfants subira une opération à l’hôpital de Gulu.
Le vélo est gratuit, mais doit être entretenu
« Les centres de santé possédaient déjà ces vélos il y a de nombreuses années, mais à cause du conflit sévissant dans le nord de l'Ouganda, ils n'étaient pas entretenus », déclare le Dr Stéphane du Mortier, coordonnateur médical du CICR à Kampala. « Nous en avons déjà donné 15, et nous en fournirons encore 15 autres aux centres de santé et aux villages des districts d'Amuru, Gulu, Kitgum et Pader ». Nous avons un accord : l'usage du vélo est gratuit, par contre, la communauté vivant aux environs du centre s'engage à récolter de petites sommes d'argent parmi ses membres pour entretenir le vélo.
Plus au nord, près de la frontière soudanaise, le CICR soutient le centre médical de Bibia. Charles Okwera, le représentant des autorités sanitaires du district qui le visite aujourd’hui, ne tarit pas d’éloges sur cette nouveauté.
« Nous n’avons qu’une ambulance pour tout le district d'Amuru, et la famille du patient doit payer le carburant. Mais la plupart des gens sont très pauvres et ne peuvent pas payer. La bicyclette est fantastique en cas d'épidémie de choléra, pour les femmes enceintes, les personnes âgées et celles qui ne peuvent pas marcher. Vous les installez sur la remorque et les amenez au centre de santé. Un proche peut facilement pédaler entre 15 et 30 km ».
L’omniprésence de la bicyclette
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Le camp pour personnes déplacées de Pawel, district d’Amuru. Le vélo-ambulance donné par le CICR.
Dans un pays où la bicyclette est utilisée pour tout, des campagnes de vaccination au transport de personnes et de marchandises variées – des grand-mères aux énormes sacs de manioc en passant par les porcs destinés au marché - il était tout naturel de franchir le pas et de l’utiliser pour les évacuations médicales.
Pour Margaret Arac, l’évacuation médicale vers Bibia était une urgence. Son fils de 15 ans était mort soudainement, d’une manière inexplicable. Un coup terrible pour n’importe quelle mère, mais plus encore pour elle qui avait déjà perdu son premier fils, sa maison et ses champs à cause du conflit prolongé sévissant dans le nord de l’Ouganda.
« Je ne me souviens pas de ce qui s'est passé après la mort de mon fils. La seule chose que je sais, c'est que je me suis retrouvée sous perfusion à la clinique pendant 48 heures ». Le vélo l’avait transportée alors qu'elle était en état de choc.
Quant à John Owor, il est couché devant sa hutte, ses béquilles à ses côtés, la jambe droite enveloppée dans un morceau de tissu bleu, l'air résigné. Il attend l'opération avec impatience afin de récupérer un membre qui ne le fait plus souffrir, mais dont il a l’impression « qu’il ne fait plus partie de mon corps ».
Il a trouvé que le brancard tiré par le vélo était « très confortable ». Mais les 50 km qui séparent le camp pour personnes déplacées, où il se trouve, de l’hôpital de Gulu sont une trop grande distance. Cette fois, c’est une voiture du CICR qui emmènera John Owor vers ce qu’il espère être le début d’une nouvelle vie.