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République Démocratique du Congo : déloger le serpent sans casser les œufs

29-12-2010 Éclairage

A l'est de la République Démocratique du Congo (RDC), le CICR tente de sensibiliser les membres des forces et groupes armés au respect du droit international humanitaire (DIH). Récit d'une formation dans une région reculée, proche de lieux d'affrontements armés.

« Vous êtes en opération dans une région peuplée, le village X, énonce Pascal Nepa, jeune assistant en communication du CICR. Pour le groupe un, la question est : quels sont les facteurs à prendre en compte pour protéger les civils lors de l'attaque ? »

Dans la salle, 50 officiers et sous-officiers des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) écoutent attentivement. Le soleil perce à travers les fenêtres sans vitres, et atténue le froid humide de cette région de hauts plateaux, juchée à 2 600 m d'altitude. Nous sommes à Minembwe, dans la partie la plus méridionale de la province du sud Kivu, à l'est de la RDC.

Pour débattre du sujet, les militaires sont invités dans la cour. C'est l'occasion de se dégourdir les jambes et se réchauffer un peu. Les petits groupes de travail sont formés par grade. L'enthousiasme est au rendez-vous.

Auparavant, Patient Masiriki, assistant au bureau du CICR à Uvira, avait brièvement présenté l'organisation. Son discours est bien rôdé. Patient travaille depuis une quinzaine d'années au CICR et sillonne régulièrement la région.

Exemples concrets

« Les équipes du CICR rencontrent souvent les officiers supérieurs des différents bataillons des FARDC et les commandants des groupes armés pour leur parler de l'application et du respect du DIH. Ici, c'est une zone opérationnelle. Nous essayons d'avoir un contact régulier avec tous, y compris avec les civils, et notre neutralité est très bien reconnue, » confie Patient.

« La plupart des militaires connaissent le DIH, » explique Pascal Nepa, qui va parcourir les hauts plateaux durant les deux prochaines semaines pour organiser des séances du même type. « Ce sont les applications concrètes qui posent problème. Pendant longtemps, nous avons privilégié une approche basée sur la transmission des règles. Mais cela était trop théorique. Depuis fin 2009, nous avons développé des approches beaucoup plus participatives et adaptées aux réalités du terrain. Ensemble, nous essayons de trouver des réponses qui concilient leur mission militaire et la nécessité de protéger les civils. »

Une méthode dynamique

Dans la cour, Patient et Pascal vont d'un groupe à l'autre, écoutent les débats et introduisent quelques éléments sur le DIH pour orienter la discussion.

« Cette méthode est dynamique, dit Patient. Si certaines réponses ont besoin d'être affinées, ce sont les participants eux-mêmes ou alors leurs officiers supérieurs qui interviennent. Faire la guerre est un métier, le leur, pas le nôtre. »

Tout le monde retrouve sa place sur les bancs. Par groupe de cinq personnes, les participants restituent les réponses. A la fin de chaque intervention, le groupe est applaudi. Le colonel en charge des unités FARDC basées dans la région participe aujourd'hui à la séance.

« Une chance pour nous, dit discrètement Patient. Le colonel est un homme d'expérience qui considère que les militaires ont un devoir d'exemplarité et tente de prévenir les mauvais comportements. »

« Ce n'est pas facile de déployer des jeunes officiers et des soldats dans cette région, souligne cet officier. Lors des opérations, nous devons faire des choix tactiques. Mais ni la pression, ni les contraintes du terrain ne doivent nous empêcher de faire notre travail dans le respect des règles. »

Le DIH, un bouclier de protection

Dans une région marquée par les conflits armés et les tensions ethniques, le respect du droit international humanitaire par les parties au conflit constitue un bouclier, une protection pour les populations, mais aussi pour les combattants qui pourraient se retrouver aux mains de l'ennemi.

La séance se termine par la projection d'un film, tourné en RDC, avec des officiers de l'armée congolaise devenus acteurs d'un jour. Une discussion s'ensuit sur la protection des civils ou le secours aux combattants blessés.

Avant de se séparer, le colonel se lève et soumet une énigme à ses officiers : « un serpent s'est niché dans un casier où vous gardez les œufs. Le serpent représente l'ennemi, les œufs ce sont les civils. Comment délogez-vous le serpent sans casser les œufs ? »


Photos

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Pascal Nepa, agent de liaison communication de la sous-délégation de Bukavu (sud Kivu) lors d'une séance de diffusion du droit international humanitaire (DIH) aux Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).  

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Pascal Nepa, agent de liaison communication de la sous-délégation de Bukavu (sud Kivu) lors d'une séance de diffusion du droit international humanitaire (DIH) aux Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).
© CICR / P. Yazdi / cd-e-01173

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Un officier des FARDC consulte un dépliant du CICR lors d'une séance de diffusion sur le droit international humanitaire.  

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Un officier des FARDC consulte un dépliant du CICR lors d'une séance de diffusion sur le droit international humanitaire.
© CICR / P. Yazdi / cd-e-01176

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Patient Masiriki, employé du CICR à Uvira, présente certaines règles du droit international humanitaire à un officier des FARDC.  

Sud Kivu, Hauts Plateaux de Minembwe, ville de Minembwe. Patient Masiriki, employé du CICR à Uvira, présente certaines règles du droit international humanitaire à un officier des FARDC.
© CICR / P. Yazdi / cd-e-01177