Afghanistan : les perles de l'espoir pour les détenus malades mentaux
01-09-2011 Éclairage
Les conditions de vie des personnes détenues dans un Afghanistan déchiré par la guerre sont dans le meilleur des cas difficiles, mais la vie des détenus atteints de maladies mentales est plus dure encore. Désormais, un programme du CICR les aide à briser leur isolement et contribue à leur redonner de l'estime de soi. Compte rendu de Jessica Barry, collaboratrice du CICR à Kaboul.
Les détenus souffrant de maladies mentales suscitent souvent la crainte ou le mépris. Beaucoup sont abandonnés par leur famille, ce qui tend à renforcer leur isolement émotionnel et physique. Un programme proposant des activités manuelles, notamment la confection d'objets en perles, semble un moyen plutôt incongru de surmonter leur isolement. C'est pourtant l'expérience qu'ont faite 28 détenus malades mentaux dans la prison de Pul-i-Charki, située dans la banlieue de Kaboul.
Le programme a été imaginé par un médecin du CICR spécialisé dans la détention, qui a lancé un projet pilote il y a quatre mois, en coopération avec les autorités de la prison, afin d'offrir une assistance médicale et psychologique aux hommes détenus dans cet établissement.
Les bénéficiaires, qui présentent divers troubles mentaux, font partie d'un groupe d'une cinquantaine de prisonniers qui partagent une pièce du rez-de-chaussée de cette prison, la plus grande du pays. Incarcérés au départ dans différentes cellules, ces hommes ont été transférés dans cette pièce principalement en raison de leur influence perturbatrice sur les autres prisonniers. Certains sont à Pul-i-Chakri depuis près de 10 ans.
Envie d'un endroit tranquille
Le Bashi, le gardien ou responsable de cellule, partage avec eux cet espace, qui ressemble à une vaste grotte à l'odeur de moisi. Son vrai nom est Mohammad Daoud. Il est lui aussi détenu, mais ne présente aucun trouble mental. Il s'est porté volontaire pour ce poste il y a huit mois.
Quand on lui demande ce qui l'a poussé à relever ce défi, M. Daoud répond : « Je ne supportais plus le bruit de la cellule où j'étais, à l'étage. Je voulais un endroit plus tranquille. »
Pourtant, les prisonniers de la cellule du rez-de-chaussée ne sont pas particulièrement silencieux. Mais ce petit homme maigre à la barbe hirsute et coiffé du couvre-chef afghan traditionnel semble s'être lié d'amitié avec eux et joue aujourd'hui un rôle central au sein de cette petite communauté de 28 hommes.
« Je leur distribue la nourriture, je fais la vaisselle et je nettoie le sol », explique M. Daoud, alors que les détenus se rassemblent autour de lui, certains souriants, d'autres curieux ou complètement perdus dans leurs pensées. « Et je les aide à se doucher et à se raser. »
Il se joint aussi à eux lorsqu'ils confectionnent des articles en perles.
Une multitude d'objets faits à la main
Les objets colorés réalisés par les détenus, notamment avec des perles, égaient le petit espace où M. Daoud garde ses affaires, contrastant avec la cellule lugubre et mal éclairée où les hommes passent leurs journées. Il y a des fleurs de perles rouges et blanches, des boîtes et autres bibelots aux couleurs criardes, des barrettes et des bijoux fantaisie que les prisonniers gardent là pour les vendre aux visiteurs de la prison. L'argent qu'ils en retirent leur permet de s'acheter des cigarettes et d'autres articles au magasin de la prison.
Le programme du CICR ne vise toutefois pas uniquement à occuper les détenus.
Lors de son lancement, un psychiatre consultant a fait un bilan individuel des détenus, prescrivant un traitement à chacun. Depuis lors, il revient régulièrement pour des visites de suivi. Un médecin, lui aussi détenu, distribue les médicaments deux fois par jour avec l'aide du Bashi. Afin de rendre leurs conditions de vie un peu moins spartiates, le CICR leur a aussi fourni des matelas, des couvertures et des vêtements.
Dignité et estime de soi
Pour le docteur Eva Gerber-Glur, qui a mis en place le programme, il s'agit tout autant d'améliorer la santé mentale de ces détenus que de leur redonner de la dignité et de l'estime de soi.
« Dans toutes les sociétés, ce sont les personnes qui souffrent de troubles mentaux qui sont les plus vulnérables, explique-t-elle. Elles ne sont pas en mesure de faire entendre leur voix, mais elles ont droit à une vie digne comme n'importe qui d'autre. C'est la raison pour laquelle le CICR a demandé aux autorités pénitentiaires l'autorisation de mener ce programme pilote à Pul-i-Charki.
Le programme vise à changer les comportements à l'égard des malades mentaux, de manière à ce qu'ils soient davantage respectés. »
Des progrès sont déjà visibles. « Ils dorment mieux, relève M. Daoud. Ils sont moins agressifs et communiquent plus qu'avant. »
Des résultats encourageants
Une première évaluation du programme réalisée en juin par le psychiatre consultant montre des résultats encourageants. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire d'entraver trois des quatre prisonniers qui devaient l'être auparavant.
C'est le cas de Matiullah, qui a déjà passé six ans à Pul-i-Charki, dont deux dans la section réservée aux détenus souffrant de troubles mentaux.
« Dehors, je travaillais comme maçon, raconte-t-il. J'étais très agressif, même ici, mais j'ai un peu changé. J'aime ces activités manuelles. Ça m'a donné envie d'apprendre à écrire et à calligraphier. J'aimerais bien avoir des cahiers et des stylos. »
Le médecin qui administre les médicaments aux détenus a rapidement constaté des changements, lui aussi. « Ils mangent mieux, précise-t-il. Ils prennent même du poids. » Et de confier : « En huit ans de profession, avant d'être moi-même détenu, je n'ai jamais vu ça. Je constate des améliorations au quotidien. Tout ce dont ils ont besoin c'est de quelqu'un d'aimable et de coopératif. »
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