Cambodge : Promouvoir la sécurité économique des victimes de mines
28-02-2008 Éclairage
Malgré les immenses efforts qui ont été déployés au cours de ces 12 dernières années pour débarrasser le Cambodge du fléau des mines et autres restes explosifs de guerre, ces armes mutilent ou tuent chaque année plusieurs centaines de personnes dans le pays.
Sommaire
Le projet
Promouvoir la sécurité économique des survivants et des victimes potentielles des accidents dus aux mines
Selon le Système d’information sur les victimes des mines du Cambodge, en 2004, 80% des victimes ont admis qu’elles étaient conscientes du danger. Néanmoins, elles ont été contraintes d’entreprendre des activités dangereuses (comme la collecte de ferraille ou le nettoyage de zones dangereuses pour les rendre propres à être cultivées) simplement pour pouvoir survivre.
- Le CICR fourni, depuis 2006, un soutien technique à la Croix Rouge cambodgienne dans ses programmes destinés à réduire l'impact des mines et des restes explosifs de guerre.
- Depuis plusieurs années, le CICR assiste les victimes de mines et de restes explosifs du Cambodge en soutenant, en collaboration avec les autorités, les centres orthopédiques et de réhabilitation de Kompong Speu et de Battambang. Le CICR administre également une fabrique de production de composants orthopédiques à Phnom Penh. Les patients, y compris ceux qui souffrent d'infirmité pour cause de maladie, sont pris en charge gratuitement.
Sur la base de ces résultats, la Croix-Rouge cambodgienne a lancé, en 2005, un projet de microcrédits visant à soutenir, à l’échelon communautaire, l’intégration économique des amputés qui auraient continué de prendre des risques faute de disposer d’un autre moyen de générer des revenus. Le projet comptait 18 bénéficiaires en 2005 et les premiers résultats ont été encourageants.
En 2006, le projet a été étendu pour cibler non seulement les survivants des mines économiquement vulnérables mais également les victimes dites potentielles, à savoir les personnes qui prennent quotidiennement des risques avec les mines et autres débris de guerre meurtriers. Le but est de prévenir les accidents, ou du moins d’en réduire le nombre, en fournissant d’autres perspectives économiques qui permettent à ces personnes d’éviter de prendre des risques.
Fonctionnement du projet
Le projet de microcrédits de la Croix-Rouge cambodgienne s’appuie sur des réunions communautaires – organisées pour fournir des informations sur les dangers des mines – afin de repérer les survivants et les victimes potentielles des mines économiquement vulnérables.
Les personnes choisies reçoivent de petits prêts (d’une valeur s’élevant jusqu’à 200 dollars) leur permettant de commencer à générer un revenu (élevage de porcs, agriculture, ouverture d’un commerce, gestion d’une pompe à eau, etc.) suffisant pour couvrir leurs besoins essentiels. Le type d’activité dépend des compétences et de la motivation du bénéficiaire et des besoins de chaque village – le soutien apporté est décidé avec les chefs de la communauté . Le bénéficiaire ou, dans certains cas, la communauté, fait toujours une contribution en nature.
Le projet est géré sur la base du renouvellement des fonds. Ses prêts sont sans intérêts mais les bénéficiaires doivent les rembourser en espèces dans un délai de 12 mois. La durée de la période de remboursement dépend du type de commerce et de la situation des bénéficiaires. Les fonds remboursés sont immédiatement réinvestis sous forme de nouveaux prêts à un nouveau groupe de bénéficiaires.
Durant les 12 mois de la période de prêt, les volontaires et les responsables du développement de la Croix-Rouge cambodgienne restent en relation étroite avec les bénéficiaires afin de suivre les progrès, d’évaluer les résultats et d’offrir des conseils. Avec le soutien financier de la Croix-Rouge allemande, de petits prêts ont été accordés à 80 personnes en 2006 et à quelque 200 personnes en 2007.
Histoire de Douen You
« Mon nouveau travail améliore ma qualité de vie et protège ma famille contre les dangers des mines »
Douen You, 56 ans, vit avec sa femme et ses sept enfants dans le village de Stoeung Thmey, dans le district de Veal Veng, province de Pursat.
Les volontaires de la Croix-Rouge ont considéré que Douen You était un bénéficiaire de prêt adéquat. Il a reçu un prêt de 12 mois sans intérêts pour acheter une pompe qu’il utilise pour prendre de l’eau dans une rivière proche de chez lui. Cela lui permet d’irriguer les cacahouètes, le maïs et les autres cultures qu’il a plantées. Il a déjà gagné 1 200 000 riels (300 dollars) ces trois derniers mois en vendant ses récoltes. Évidemment, lui et sa famille sont optimistes pour l’avenir. Sa femme dit qu’elle est très heureuse : « Je ne m’inquiète plus pour mon mari et mes filles parce qu’ils travaillent dorénavant dans une zone sûre ».
Histoire de Koa Nara
« Je ne vais plus dans la forêt »
Koa Nara, 49 ans, est un fermier qui vit avec ses quatre enfants dans le village d’Anlong Pourk, dans le district de Samlot, province de Battambang. Il était soldat entre 1979 et 1999. Après avoir quitté l’armée, il a décidé de s’installer avec sa famille à Anlong Pourk. Comme cette zone a été la scène de combats, elle est jonchée de mines et d’autres munitions non explosées. Koa allait régulièrement dans la forêt pour cueillir des champignons, ou ramasser du bois et de la résine qu’il vendait ensuite.
La femme de Koa était volontaire de la Croix-Rouge. Elle est morte il y a un an, après qu’une blessure due à l’explosion d’une mine s’est infectée. « Elle a été blessée derrière notre maison. Elle a marché sur une mine alors qu’elle travaillait dans le jardin. »
En juin dernier, Koa a reçu un prêt sans intérêts de 200 dollars pour acheter quatre porcs (une femelle adulte et trois petits mâles) et de la nourriture et des médicaments pour les animaux. « J’avais une certaine expérience dans l’élevage des porcs et je savais à quel point il est important d’avoir une truie. Elle a déjà mis bas deux fois. La première portée comptait huit porcelets, et la seconde 10. J’ai réussi à en vendre 13. J’ai remboursé le prêt à la Croix-Rouge cambodgienne et j’ai encore cinq porcelets et la truie chez moi. C’est beaucoup mieux que d’aller dans la forêt. Ma truie va bientôt mettre bas à nouveau et je pourrai économiser un peu d’argent pour améliorer notre ferme. Je ne vais plus dans la forêt parce que j’ai beaucoup de travail à la maison. »
Histoire de Reo Chhan
« Aucun intérêt n’est perçu et les accidents dus aux mines sont évités »
La famille de Reo Chhan, 45 ans, est l’une des 40 familles du village. Reo est un ancien soldat. Il a été amputé du pied droit en 1985 après avoir marché sur une mine antipersonnel.
Reo a utilisé le prêt pour acheter des matériaux bruts et des outils pour fabriquer des nattes. « Nous avons choisi cette activité parce que nous avions déjà une certaine expérience. Nous pouvons produire quatre petites nattes par jour et les vendre pour un dollar chacune. Mais si nous (ma femme et moi) travaillons ensemble, nous pouvons finir une grande natte en trois jours et nous pouvons la vendre immédiatement à un intermédiaire pour 15 dollars. »
Reo et sa famille ont déjà remboursé 150 des 200 dollars qu’ils ont reçus en prêt. « Nous prévoyons d’acheter un buffle l’année prochaine, car nous pourrions le louer à d’autres personnes. Le projet de prêts est un succès car aucun intérêt n’est perçu et il permet d’éviter les accidents dus aux mines. »
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