République démocratique du Congo : les volontaires de la Croix-Rouge au secours des victimes de Sange
03-08-2010 Éclairage
Le 2 juillet dernier, 260 personnes sont tuées par l'explosion d'un camion-citerne à Sange, un village du territoire d'Uvira dans la province du Sud-Kivu. Les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC (CRRDC) sont immédiatement mobilisés pour évacuer les blessés et évacuer les corps des victimes. Pascal Nepa raconte.
« Je n'ai jamais vécu un tel drame de toute ma vie. Même la guerre ne tue pas comme ça. J'ai perdu ma maison. Elle a été complètement brûlée par le feu. Mais grâce à Dieu, toute ma famille va bien », raconte d'une voix lasse Baraka Noa à l'endroit où se dressait il y a une semaine encore sa maison.
En ce vendredi 2 juillet, dans le paisible village de Sange comme dans des milliers d'endroits du pays, on vit au rythme de la Coupe du Monde de football. Le match de ce soir oppose le Ghana, dernière équipe africaine en lice, à l'Uruguay. Plusieurs dizaines de personnes, dont beaucoup d'enfants, sont réunies devant le poste de télévision collectif.
Mais cette atmosphère festive est interrompue par l'explosion accidentelle d'un camion-citerne. « Tout s'est passé très vite. Le camion s'est arrêté, il avait des problèmes. Les gens sont venus voir. Certains se sont approchés pour essayer de récupérer du carburant. On ne s'attendait certainement pas à ce qui a suivi », se rappelle Baraka.
Ce qui a suivi ? Une explosion violente qui laisse derrière elle un chaos de vies détruites, de corps calcinées et d'âmes marquées pour toujours. D'abord choqués, ceux des habitants qui ont survécu découvrent vite l'ampleur des dégâts : partout une suie noire, les corps brûlés de leurs parents, voisins et amis. Dans ce village situé à 95 kilomètres de Bukavu, la capitale provinciale, il existe deux centres de santé, dont les médecins se mobilisent aussitôt pour venir porter secours aux blessés.
Secours d'urgence
Pendant qu'ils s'activent avec les moyens du bord, la nouvelle parvient petit à petit aux villages alentours. « Sous le choc de cette nouvelle, nous avons commencé à nous organiser pour intervenir au plus vite », explique Désiré Yuma Machumu, président du comité provincial de la CRRDC au Sud-Kivu. Toute la nuit, la CRRDC et le CICR organisent les secours d'urgence pour les victimes de Sange.
« Le 3 juillet à 6 heures du matin, nous avons pris le véhicule du CICR à Uvira pour aller au secours des victimes de l'incendie. Sur place, nous avons d'abord été pris par l'odeur des corps brûlés. Le silence aussi était impressionnant. Nous avons trouvé quelques jeunes de Sange qui tentaient de venir en aide aux blessés. Ils avaient l'air exténués mais décidés à sauver ceux qui pouvaient l'être encore », raconte Alidor Kangele, volontaire de la Croix-Rouge.
Avec l'aide de ces jeunes, Alidor et l'équipe du CICR sur place organisent l'évacuation des blessés vers les centres de santé de Sange, l'hôpital de Panzi, ainsi que ceux d'Uvira et de Bukavu.
Cauchemar
« Ces personnes venaient de vivre un cauchemar et ces premières évacuations ont été pour elles comme le début d'une solution », se souvient Alidor, encore ému.
110 volontaires de la CRRDC (72 de la plaine de la Ruzizi et 38 d'Uvira) sont mobilisés pour cette opération. Au milieu du chaos et des cendres de Sange, une tâche encore plus difficile les attend : plusieurs jours durant, ils vont s'activer pour ramasser les cadavres des victimes, tentant, lorsque cela est possible, de les identifier. Malgré ses 16 ans d'expérience de volontaire, Alidor a du mal à revenir sur ces jours terribles : « La plupart des corps étaient calcinés et il était difficile d'y reconnaître une forme humaine ».
Le CICR a fourni des sacs mortuaires aux volontaires ainsi qu'aux autorités sanitaires locales, afin de faciliter le ramassage des corps. Des médicaments, pansements, et vaccins antitétaniques ont été donnés à l'hôpital de Bukavu pour soigner les blessés qui y furent transférés – dont certains brûlés sur plus de 80 % de leur surface corporelle. Les véhicules du CICR ont également contribué au transport de médecins de l'hôpital d'Uvira vers le site de l'explosion.
On estime à plus de 260 le nombre de personnes décédées dans l'explosion. Parmi elles, une soixantaine d'enfants. Cette tragédie laisse également un nombre important d'enfants orphelins et des dizaines de familles sans abri. « Plus de 200 enfants ont perdu au moins un parent et une centaine d'hommes et de femmes ont perdu leur conjoint », précise Alidor. « C'est toute la communauté qui a été éprouvée. »
Chemin à parcourir
Aujourd'hui, le feu s'est éteint à Sange et les morts ont été inhumés. Mais les effets de la tragédie vont perdurer encore longtemps. Quatorze personnes sont encore hospitalisées et les équipes de la CRRDC et du CICR demeurent à leurs côtés. « Certaines sont hospitalisées à Bukavu. Le CICR a fourni matériel et équipement pour faciliter leur prise en charge et, avec son soutien, nous assurons la préparation des repas pour les blessés et ceux qui les accompagnent. Ils sont encore très fragiles et le choc de cet événement continue de les hanter », explique Alidor.
Malgré le traumatisme, Alidor espère que les images de destruction seront bientôt remplacées par des images de reconstruction matérielle et psychologique. « Le village est à reconstruire sur les cendres de l'ancien. La communauté doit se retrouver et se relever plus forte encore. C'est pour moi le sens même du volontariat : secourir pour relever la dignité humaine. »
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