Golan occupé : l’opération de transfert de pommes s’achève
27-04-2010 Éclairage
C’est un spectacle peu ordinaire que celui du point de passage de Kuneitra, entre le Golan occupé et la Syrie proprement dite, bouillonnant d’activité. Ces sept dernières semaines, de grands camions blancs arborant le logo du CICR ont fait la navette de part et d’autre de la ligne de démarcation de 1974, dans le cadre d’une opération humanitaire plutôt unique en son genre destinée à soutenir les producteurs de pommes du Golan.
Plus de photos sur Facebook En tant qu’intermédiaire neutre, le CICR, avec la coopération des autorités israéliennes et syriennes, aide à résoudre des questions d’ordre humanitaire concernant les habitants arabes syriens de la partie du Golan occupée par Israël.
« Au terme de sept semaines de dur labeur, l’opération de transfert de pommes du Golan s’est achevée le 22 avril dernier, a indiqué Marianne Gasser, chef de la délégation du CICR en Syrie. Cette année, 8 100 tonnes de pommes du Golan ont été transférées en Syrie proprement dite, un record jamais égalé. Il s’agissait de la cinquième opération du genre depuis 2005, et la quantité de fruits ainsi transportés a plus que doublé depuis la première fois. »
Coup de pouce à l’économie
Sous l’étroite surveillance des forces de maintien de la paix des Nations Unies et de soldats israéliens et syriens, les camions ont effectué une trentaine de voyages par jour, à raison de cinq jours par semaine.
Au dire de Karanja Ndung’u, un des chauffeurs kenyans du CICR ayant contribué au succès de l’opération, l’effort considérable fourni a vraiment valu la peine. « C’est la deuxième fois que je prenais part au transfert de pommes organisé par le CICR. C’est une opération très appréciable et très appréciée. Il suffit de voir le visage des gens, d’un côté comme de l’autre : ils sont tellement contents. »
Transporter des pommes n’est pas une activité humanitaire très ordinaire, et pourtant les producteurs du Golan affirment que c’est très important pour l’économie de leur communauté. Près d’un quart des pommes qu’ils produisent sont expédiées en Syrie pour y être vendues.
« Avant que ces transferts ne soient mis en place, nous avions beaucoup de mal à vendre nos pommes. Beaucoup d’agriculteurs ont ainsi été amenés à abandonner leurs terres, explique Nazem Khater, un agriculteur du Golan. En plus de stimuler l’économie locale, ces transferts favorisent les possibilités d’emploi au sein de notre communauté, alors que celles-ci sont extrêmement limitées dans le Golan. »
Samira Ibrahim, qui aide à trier les pommes et à les emballer pour le transport, abonde dans son sens : « Avant que nos pommes soient vendues sur les marchés de notre patrie, nous ne travallions qu’une soixantaine de jour par année. Aujourd’hui, grâce au transfert des pommes, le nombre de jours de travail a presque doublé, du fait notamment que nous devons les conditionner pour l’expédition. Cela m’a véritablement permis d’augmenter mes revenus. Chaque année, nous attendons impatiemment cette opération. »
Cela dit, au-delà de l’aspect économique, cette opération a un sens encore plus important. « Elle permet aussi à notre communauté de maintenir des liens avec notre patrie, la Syrie, précise Ghaleb Khater, un autre producteur. Voir ces camions qui prennent la route de la Syrie m’incite vraiment à continuer de planter des arbres et de cultiver des pommes. Je souhaite que cette initiative, dont la vocation première est économique, serve également à attirer l’attention du public sur la situation humanitaire des Arabes syriens du Golan occupé, qui vivent séparés de leurs familles habitant en Syrie. »
La grande majorité des habitants arabes syriens du Golan ont des parents proches vivant ailleurs en Syrie. Pourtant, en raison du bouclage de la zone de séparation, ils ne peuvent pas leur rendre visite.
Un goût d’enfance
En Syrie, l es pommes du Golan sont connues pour être de grande taille, juteuses et de bonne qualité. Le gouvernement syrien les achète à un prix majoré pour marquer son soutien à la communauté du Golan.
« Ces fruits sont très demandés en Syrie, indique Issam Saïd Chaalan, maire de Kuneitra. Pas uniquement parce qu’elles sont d’une qualité et d’un goût exceptionnels, mais aussi du fait qu’elles incarnent la dignité de la communauté du Golan. »
La moitié de la famille du maire vit de l’autre côté de la ligne de démarcation. « Chaque fois que je sens l’odeur des pommes du Golan et que je les goûte, je me revois il y a 40 ans, et les souvenirs de mon enfance passée dans les vergers de ma famille dans le Golan se ravivent. Pour moi, il n’y a rien de plus important que ma patrie. Je suis très fier de ma communauté et de notre terre. »
Pour Faten Yussef Fadi, volontaire de la section de Kuneitra du Croissant-Rouge arabe syrien, ces fruits sont le symbole de l’espoir. « Les pommes doivent leur goût et leur qualité uniques à la terre et aux vastes ressources en eau des hauteurs du Golan. Pour moi, aucune pomme au monde n’a un goût comparable à celles du Golan. Elles ont le goût de l’amour de la liberté. »
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