Iran : dialogue sur l'islam et le droit international humanitaire à Qom
01-12-2006 Éclairage
Les 29 et 30 novembre, des représentants du CICR ainsi que des érudits et des experts islamiques se sont réunis dans la ville sainte de Qom pour entamer des discussions et trouver des points communs en matière de protection des victimes de la guerre.
Qom est une ville iranienne célèbre, située à 120 km au sud de Téhéran. Cette cité revêt une grande importance religieuse pour les musulmans chiites, car elle abrite le tombeau de Hazrat Fatima – la sœur de l’imam Reza, huitième imam des chiites – qui attire de nombreux pèlerins, notamment des malades et des infirm es à la recherche de bénédictions divines. Qom est également un centre théologique de premier ordre, où plus de 30 000 personnes fréquentent divers instituts universitaires pour suivre une formation en études islamiques. Voilà pourquoi Qom semblait être le lieu idéal pour entamer un dialogue sur l'islam et le droit international humanitaire entre experts. Le jour d'ouverture de la conférence, environ 300 personnes étaient présentes à la réunion qui se tenait dans le bâtiment de Hawze e Elmiyyeh. « L'idée de cette rencontre est née il y a plus d'un an », rappelle Mohammed Reza Dast Gheib, consultant du CICR basé à Qom, qui, avec le concours de plusieurs partenaires, a ouvert la voie à cet échange de vues novateur. « Ce n'est pas uniquement une réunion, c'est une démarche impliquant de nombreux oulémas et plusieurs centres de recherche religieux qui représentent différentes tendances dans les villes de Qom, Téhéran et Mashad », explique-t-il.
Les exposés ont couvert un large éventail de sujets tels que la tradition islamique et sa contribution au droit humanitaire, les approches occidentale et islamique en matière de terrorisme, les conséquences des conflits armés pour les femmes et les enfants, et le rôle de l'islam dans la protection de ces personnes, les droits des prisonniers de guerre, la distinction entre combattants et civils dans le droit islamique et le droit humanitaire. La diversité des présentations a montré à quel point il est essentiel de traiter les questions humanitaires de différents points de vue. « Considérant que dans le monde d'aujourd'hui, on présente trop souvent une image incorrecte de l'islam, nous espérons que cette réunion fera voir l’islam comme une des sources du droit coutumier et de la pratique humanitaire », a déclaré l'ayatollah Mohsen Araki, ancien représentant personnel du guide suprême Ali Khamenei et secrétaire général de la conférence – un souhait partagé par d'autres participants. Dans son discours i naugural, le directeur de l'université de Téhéran, l'ayatollah Amid Zanjani, a déclaré : « rechercher et puiser des données relatives à des questions humanitaires dans des sources inhérentes à l'islam est une tâche colossale que nous devons poursuivre ».
Ce dialogue a également montré que les experts en droit islamique et les spécialistes du droit international humanitaire partageaient une base commune solide et une même préoccupation pour les questions humanitaires. « Nous voulons discuter de sujets religieux, éthiques et juridiques dans un langage qui doit être compréhensible dans toutes les cultures », a déclaré le cheik Mussaidi de Bahrain. Selon Olivier Vodoz, venu de Genève pour diriger la délégation du CICR, « il faut prendre en considération à la fois l'étendue des connaissances et la qualité de la recherche historique présentée. En nous écoutant les uns les autres, nous apprenons, et cela nous évite de blesser nos partenaires par ignorance. Ce genre d'initiative ne peut que contribuer à mieux faire respecter et connaître l'action neutre et indépendante du CICR ».
Shirvani Mohammed Taghi, ancien prisonnier de guerre durant la guerre Iran-Irak, a dit que les principales propositions recueillies au cours de ce séminaire devraient fournir des orientations utiles pour une meilleure mise en œuvre des Conventions de Genève sur le terrain. Il a participé à la conférence avec le soutien de la Société du Croissant-Rouge iranien, partenaire de la manifestation.
À l'évidence, la rencontre de Qom est une étape importante dans la volonté d'échange du CICR avec le monde musulman, en particulier pour les experts iraniens en jurisprudence islamique et les chefs d'institutions religieuses importantes. Largement relayée par les médias, cette conférence fait naître des attentes et suscite diverses suggestions pour la poursuite du dialogue. « C'est un début très encourageant, mais le chemin est en core long », a estimé Andreas Wigger, directeur adjoint des opérations au CICR, qui, au cours des deux dernières années, a été l'instigateur de manifestations semblables dans d'autres parties du monde musulman. « Ce n'est que par des actions concrètes sur le terrain qu'on démontre l'universalité des règles du droit humanitaire, » a-t-il ajouté. C'est un véritable défi.
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