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Sénégal : améliorer les conditions de vie des détenus

30-12-2009 Éclairage

Dans le cadre de sa collaboration avec le ministère sénégalais de la Justice, la délégation régionale du CICR à Dakar a organisé du 4 au 6 novembre 2009 un séminaire sur les droits des détenus, l’hygiène et la santé.

     

    © CICR      
   
Lors du séminaire « Droits des détenus, l’hygiène et la santé » organisé à Dakar.      
        Quels droits ont les personnes privées de liberté ? Comment limiter la propagation du VIH/sida dans les prisons ? Quelles sont les règles à suivre pour construire une fosse septique fonctionnelle ? Autant de questions qui rythment le quotidien du personnel de l’Administration pénitentiaire sénégalaise. Des questions éthiques ou purement pratiques, auxquelles il n’est pas toujours aisé de répondre.

Et pour cause : « diriger une prison est un métier complexe, c’est une microsociété fermée dans laquelle il faut tout faire fonctionner, que ce soit en matière de droits humains, d’hygiène, de santé ou de réinsertion professionnelle », explique Cheikh Sadibou Doucouré, chef du service communication de l’Administration pénitentiaire. « Il arrive donc que sur certains sujets, notre connaissance soit partielle ».

Pour pallier ces carences, la délégation régionale du CICR et la direction de l'Administration pénitentiaire ont organisé un séminaire sur le thème « Droits des détenus, l’hygiène et la santé » dans l’enceinte de l’École nationale de police de Dakar. L’occasion pour une trentaine de cadres – directeurs de prisons, inspecteurs régionaux et chefs de division et de service – de renforcer leurs compétences et de partager leurs expériences.

     
     
   
    Le CICR et la réforme du secteur pénitentiaire au Sénégal

Depuis le début de sa collaboration avec le ministère sénégalais de la Justice en 1996, le CICR poursuit son appui ponctuel à l’Administration pénitentiaire. Au cours de l’année 2009, l'institution a ainsi effectué des visites dans cinq lieux de détention au Sénégal, où un soutien matériel a parfois été apporté.     Le séminaire de novembre 2009 était une pierre de plus à l’édifice. Lors de son ouverture, Christophe Martin, le chef de la délégation régionale du CICR, a ainsi déclaré : « le CICR salue et appuie la mise en œuvre de la réforme de l’Administration pénitentiaire ». Il s’agit selon lui d’une « réforme essentielle qui a pour but l’amélioration des conditions de vie des personnes privées de liberté aussi bien que les conditions de travail des agents de l’administration ».     Dans le cadre de l’exécution du Programme Sectoriel Justice lancé en 2004, l’Administration pénitentiaire est en effet en plein bouleversement. La réforme a été validée le 20 juillet 2009. Elle prévoit notamment une modernisation du système informatique, la construction de nouveaux établissements et le recrutement de personnel.      
           
 

Au menu des présentations : l’action du CICR en Afrique, les principes relatifs au traitement des personnes privées de liberté, la santé et l’hygiène carcérales, ainsi que des projections de films et des discussions.

Sous l’œil attentif d’experts de l'Administration pénitentiaire, du service d’hygiène de Dakar et de la délégation régionale du CICR, les participants n’ont alors pas hésité à exposer leurs conditions de travail et les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Des difficultés liées aux structures carcérales mais aussi d’ordre sanitaire.

  Des problèmes de santé nombreux  

« Notre plus gros souci reste l’assainissement et l’évacuation des eaux usées », a reconnu Yahya Dieye, le directeur de la maison d’arrêt et de correction de Ziguinchor. Un cas isolé ? Pas vraiment. Selon les chiffres officiels, le Sénégal comptait, en 1960, 35 prisons et 3 000 détenus pour une capacité de 2 000 places. Aujourd’hui, il y a 37 prisons et environ 7 500 détenus. Autant dire, dans ce contexte, que les problèmes d’évacuation des eaux usées, d’hygiène et donc de santé sont nombreux .

« Parfois, le personnel se décourage », a concédé Yoro Coulibaly, chargé de l’inspection régionale de l’Administration pénitentiaire de Saint Louis et Louga. « Malgré tout, on se rend compte que l’on n’a pas systématiquement besoin de moyens supplémentaires pour résoudre certains problèmes. Regardez les ennuis de fosse septique ; c’est récurrent dans toutes les prisons. Et pourtant, maintenant je suis capable de dire " attention, c’est comme ceci et non comme cela qu’il faut la construire ou la curer " ».

   

Outre les aspects techniques, les questions médicales ont soulevé de vifs débats, notamment en ce qui concerne le dépistage volontaire du VIH/sida et la distribution ou non de préservatifs dans les lieux de détention. À l’image d’une majorité de participants, Agnès Ndiogoye, la directrice de la maison d’arrêt pour femmes de Liberté 6 à Dakar, a indiqué être « contre la distribution de condoms en prison », tout en reconnaissant que « s‘imprégner de ce qui se passe ailleurs, en Afrique et dans le monde, permet de se perfectionner ».

À l’issue de ces trois jours, les cadres ont dressé une évaluation de la situation de leurs établissements respectifs et remis une requête détaillée de leurs besoins à l’administration. Des documents qui serviront de trame à la réforme du secteur pénitentiaire.