Ouganda : des bénéficiaires deviennent les bienfaiteurs des déplacés internes
28-11-2006 Éclairage
Odonkara Phillips n’avait que 15 ans lorsque les six membres de sa famille furent obligés de quitter leur foyer. Ce fut le début de sa vie de personne déplacée dans son propre pays – un sort que partagent maintenant plus d’un million d’Acholis dans le nord de l’Ouganda. Richard Opige, collaborateur local du CICR, décrit la situation dans le camp de Tegot.
En 1999, au plus fort des activités de l’Armée de résistance du Seigneur, Phillips et sa famille se réfugièrent dans le camp de Tegot, à quelques kilomètres seulement de leur village.
Lorsqu’ils arrivèrent dans ce camp, ils ne trouvèrent que six autres familles qui avaient construit leur hutte au toit de chaume à proximité d’un détachement militaire de moins de 30 soldats. Par la suite, de plus en plus de personnes cherchèrent refuge à Tegot, jusqu’à ce que, il y a cinq ans, tous les habitants des environs reçoivent l’ordre de s’installer dans le camp pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui, Tegot abrite 172 familles dans le nouveau district d’Amuru.
La survie des plus forts
En avril 2006, une équipe du CICR a procédé à une évaluation des besoins dans le camp de Tegot. Les conditions sanitaires y étaient très mauvaises. Phillips, âgé de 22 ans et lui-même père de famille, se souvient : « Il n’y avait pas de latrines. Les excréments humains étaient une vision quotidienne dans l’ensemble du camp, pas de contrôle des déchets, les enfants mouraient de maladies d’origine hydrique et du paludisme. Sans mentionner la fléau du VIH/SIDA, l’absence de terres cultivables et de forages …. ce n’était rien d’autre que la survie des plus forts ».
Pour répondre à ces besoins, le CICR se mit au travail : il commença à fournir les médicaments manquants et à former le personnel du centre de santé, il distribua des moustiquaires à la population du camp afin de prévenir le paludisme. Mais il devint rapidement évident que sans amélioration de l’environnement, ces activités auraient un impact limité.
C’est pourquoi le CICR s’adressa aux personnes ressources de la communauté pour obtenir leur soutien. Ce sont des personnes déplacées formées par les autorités sanitaires du district pour aider à accomplir des tâches médicales simples, par ex. lors des campagnes de vaccination. Avec des volontaires de la Croix-Rouge de l’Ouganda, le CICR commença à former ces personnes dans les domaines de la santé publique et de l’hygiène et à leur enseigner comment promouvoir ces valeurs dans leur camp.
Prendre les choses en main
Phillips dirige maintenant quatre personnes ressources formées par le CICR dans le camp de Tegot. Au moins trois jours par semaine, avec Boniface (27 ans), Philomène (48 ans) et Doreen (42 ans) il va de hutte en hutte pour sensibiliser ses voisins aux questions d’hygiène et de santé. En improvisant des scènes pour montrer comment prévenir les maladies, ils sont parvenus à persuader les dirigeants communautaires réticents et la communauté de participer chaque dimanche à l’action de nettoyage en commun « garder notre camp propre ». « Il est difficile de changer l’attitude de la communauté, mais grâce à nous, les personnes ressources, le camp est devenu un cadre de vie beaucoup plus agréable », déclare Phillips avec fierté.
La dernière tâche entreprise par Phillips et ses collègues a consisté à « nettoyer les abris de bain pour en éliminer les moustiques – qui sont, en tant que vecteurs du paludisme, l’un des facteurs de risque de maladie les plus importants du camp, souligne Phillips. En raison du mauvais écoulement des eaux, les moustiques se multipliaient dans le puisard, et chaque fois que quelqu’un se lavait, un nuage de moustique l’enveloppait » ajoute-t-il. Son idée était simple mais très efficace : verser de l’huile de moteur brûlée dans le puisard. Le changement a été immédiat, et maintenant, Phillips et ses voisins n’ont plus à hésiter lorsqu’ils doivent se laver.
Au lieu de laisser les organisations humanitaires arranger les choses, Phillips s’emploie lui-même à améliorer les conditions de vie misérables du camp, et il est capable d’inciter d’autres personnes à faire de même. « Avec un petit coup de pouce du CICR, nous passons du statut d’assistés à celui d’assistants oeuvrant pour l’ensemble de la communauté, dit-il en parlant des personnes ressources. C’est comme si de bénéficiaires, nous étions devenus bienfaiteurs », conclut Phillips.
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