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Garantir l'approvisionnement en eau pour les civils dans les zones de conflit

16-03-2009 Interview

Dans de nombreux conflits armés, les maladies tuent davantage de civils que les balles. C'est une raison suffisante pour que le CICR appelle les gouvernements à garantir un approvisionnement en eau potable et des systèmes d'assainissement décents aux civils qui vivent dans des zones de conflit. Entretien avec Robert Mardini, chef de l'Unité eau et habitat du CICR, à l'occasion du cinquième Forum mondial de l'eau à Istanbul en Turquie.

     

     
   
    Robert Mardini, chef de l'Unité eau et habitat du CICR      
          Pourquoi l'eau est-elle si importante ?  

On a tous besoin d'eau pour boire, cuisiner et se laver. L'eau est également indispensable pour la culture et l'élevage. Par ailleurs, les hôpitaux en consomment en grande quantité. Il n'y a pas de vie sans eau. Il est donc intolérable pour la population de ne pas avoir accès à l'eau durant un conflit. C'est la raison pour laquelle le CICR appelle les gouvernements à redoubler d'efforts pour que les personnes vivant dans des zones de conflit aient accès à l'eau potable et à des systèmes d'assainissement décents.

 
 

  Pourquoi l'approvisionnement en eau et l'assainissement posent-ils tant de problèmes dans les zones de conflit ?  

     

En temps de guerre, les systèmes d'approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées, ainsi que le réseau électrique sont souvent parmi les premières infrastructures d'un pays à être mises hors service, soit parce qu'ils sont endommagés au cours des combats, soit tout simplement parce que les techniciens ne peuvent pas accéder aux installations pour les faire fonctionner et assurer les travaux d'entretien.

 

   
     
   
    En 2008 :
   
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  • 15 millions de personnes ont bénéficié des projets d'approvisionnement en eau, d'assainissement et de construction réalisés par le CICR.
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  • 400 ingénieurs et techniciens du CICR étaient à l'œuvre à travers le monde, dans 43 contextes différents.
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  • Le budget du CICR pour les projets d'approvisionnement en eau et d'assainissement s'élevait à 132 millions de francs suisses.
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Un conflit contraint presque toujours les civils à fuir lorsqu'ils en ont la possibilité. Des milliers de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays peuvent ainsi affluer dans une zone où les installations d'approvisionnement en eau et d'assainissement ont été conçues pour ne desservir que quelques centaines de personnes. Lorsque ces installations sont ensuite bombardées et que personne n'est en mesure de réparer les dégâts à cause des combats, les gens se retrouvent sans eau potable ni système d'assainissement. Ils boivent alors de l'eau non potable et contractent des maladies transmises par l'eau. Ils ne peuvent pas se laver et ils attrapent des maladies dues au manque d'hygiène. Des épidémies se déclarent. Des gens meurent. Dans nombre de conflits, les maladies tuent davantage de civils que les balles.

Rétablir l'accès à l'eau et à l'assainissement est une des priorités du CICR dans les situations de conflit. 

  Le CICR parle souvent d'« accès à l'eau et à l'assainissement ». Qu'est-ce que cela signifie ?  

     

Il y a deux aspects dans la notion d'« accès ». Le premier, c'est que les civils ont besoin d'eau potable et de co nditions sanitaires et environnementales décentes. En milieu urbain, l'accès à l'eau et à l'assainissement dépend dans une large mesure du fonctionnement continu des réseaux de distribution de l'eau, des égouts, des stations de traitement des eaux usées et d'autres infrastructures. Dans les zones rurales, l'« accès » signifie parfois pouvoir aller jusqu'au point d'eau le plus proche sans être attaqué en chemin.

 

   
    © CICR / O. Saad / v-p-iq-e-00699      
   
Bagdad, Irak. Un technicien du CICR travaillant dans la station de pompage d'Al-Wethba. Novembre 2008.      
         

Le deuxième aspect, c'est que les professionnels doivent avoir accès aux installations. Ils doivent pouvoir entrer dans les stations de pompage et de traitement des eaux usées, par exemple, pour réparer les dommages causés lors du conflit, effectuer des réparations techniques et des travaux d'entretien ordinaires, et faire fonctionner les appareils. Il suffit parfois d'appuyer sur un bouton pour remettre en marche une pompe à eau. Mais si le technicien ne peut pas se rendre à la station de pompage sans se faire tirer dessus, il ne peut pas presser ce bouton. Alors la pompe ne redémarre pas, et il n'y a plus d'eau dans les conduites. Les gens boivent alors de l'eau non potable. S'ils boivent de l'eau non potable, ils risquent d'attraper le choléra. Et s'ils attrapent le choléra, ils risquent de mourir. Et tout cela parce qu'un technicien n'a pas pu presser un bouton.

Mais souvent, rétablir les systèmes d'approvisionnement en eau et d'assainissement implique plus que le simple fait d'appuyer sur un bouton. Réparer les dommages causés par la guerre peut être un travail de longue haleine. Une trêve de quelques heures est toujours bienvenue, mais ce n'est souvent pas suffisant. Les parties au conflit doivent interrompre les combats assez longtemps pour permettre une action humanitaire, y compris des travaux indispensables dans le domaine de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement. 

Lorsqu'il est trop dangereux pour les techniciens de se rendre jusqu'aux installations d'approvisionnement en eau à cause des combats, le CICR engage un dialogue avec les parties au conflit pour garantir un passage en toute sécurité jusqu'aux installations. Il accompagnera ensuite les techniciens, à l'aller et au retour. C'est notamment ce que nous avons fait à plusieurs reprises lors du récent conflit à Gaza.

 
   

   
    © Croix-Rouge de Norvège / O. Saltbones /v-p-ge-e-00315      
   
Tbilissi, Géorgie. Deux garçons qui ont trouvé refuge dans un bâtiment abandonné remplissent leur bouteille à un point d’eau installé par le CICR. Août 2008.      
         

  Dans une situation de conflit, qui doit s'assurer que les gens ont accès à l'eau et à l'assainissement ?  

     

La responsabilité incombe entièrement aux autorités. Le droit international humanitaire interdit les attaques visant ce qu'on appelle « les biens indispensables à la survie de la population civile », lesquels incluent les installations hydrauliques, les systèmes d'approvisionnement en eau et les ouvrages d'irrigation.

Le CICR fera tout ce qu'il peut pour apporter son aide, mais cela ne décharge pas les autorités de leur responsabilité première, qui est de fournir les services essentiels.

  De nombreux pays où le CICR opère sont touchés à la fois par une catastrophe naturelle et un conflit. Quels en sont les effets sur la population ?  

     

Les événements climatiques extrêmes frappent particulièrement durement les personnes vivant dans des zones de guerre. La Somalie est un bon exemple. Pendant des décennies, les gens ont essayé de faire face à la fois à un conflit et à une sécheresse de plus en plus grande. Prises indépendamment, ces situations seraient déjà graves ; simultanément, elles ont des effets catastrophiques.

La sécheresse force les bergers à aller toujours plus loin pour trouver de l'eau pour leur bétail. Non seulement cela représente un effort supplémentaire pour ces communautés, mais cela les expose aussi davantage aux attaques en cours de route.

La sécheresse tue de manière insidieuse. Elle ne fait pas la une des journaux comme le ferait un tremblement de terre, un ouragan ou une éruption volcanique. Mais à travers le monde, la sécheresse est responsable de la moitié des décès dus à des catastrophes naturelles.

Sur la base de ces constatations, le CICR a dû intensifier ses activités en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement en Somalie.

  Comment décririez-vous la manière de travailler du CICR ?  

 

   
    © CICR / P. Yazdi / v-p-so-e-00435      
   
Ouest de Dusamareb, région de Galgudud, Somalie. Des personnes déplacées s'approvisionnent à un point d'eau mis en place par le CICR. Février 2009.      
         

Cela signifie premièrement que nous parlons avec les porteurs d'armes afin de nous assurer qu'ils garantissent l'accès des civils à l'eau et l'accès des techniciens aux installations en toute sécurité ; deuxièmement, nous engageons un dialogue avec tous les professionnels impliqués afin de voir comment nous pouvons soutenir au mieux les efforts qu'ils déploient pour maintenir les services d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Nous nous entretenons avec les personnes responsables des réseaux d'approvisionnement en eau, des systèmes d'égouts, des hôpitaux, des centres de soins de santé primaires, des camps de personnes déplacées et des lieux de détention, afin de nous assurer que nos activités améliorent véritablement les conditions de vie des personnes dans le besoin, indépendamment du camp auquel elles sont associées.

Enfin, les collaborateurs du CICR traitent avec toutes les personnes qu'ils doivent consulter pour réaliser leur travail. C'est un peu ce que nous entendons lorsque nous disons que nous sommes « neutres et indépendants ». Nous ne prenons pas parti et nous ne nous immisçons pas dans les affaires politiques ; nous allons juste ai der les personnes les plus vulnérables.