Colombie : la situation humanitaire reste préoccupante
01-02-2006 Conférence de presse
Le directeur des opérations du CICR, Pierre Krähenbühl, explique que la situation des personnes touchées par la violence en Colombie demeure inquiétante. Il s'exprimait au cours d'un point de presse, à Genève, au retour d'une visite dans le pays où il s'est entretenu avec les parties au conflit et a suivi plusieurs programmes du CICR.
Pendant cette réunion, Pierre Krähenbühl a souligné qu'il était important de se rappeler que la Colombie était dans une période de conflit armé depuis maintenant quatre décennies.
« Il n'y a personne en Colombie qui n'ait pas été touché d'une façon ou d'une autre par la violence », a-t-il relevé.
Dans un village où il s'est rendu, il a remarqué que les habitants avaient mis du temps à parler des actes de violence commis à leur encontre sous la forme d'extorsions, d'enlèvements et de déplacements forcés, sans compter la peur qu'ils ressentaient au quotidien.
En même temps, il a signalé que le pays avait mené des actions remarquables au niveau national pour répondre aux besoins humanitaires et sociaux créés par le conflit.
M. Krähenbühl a également expliqué que la Colombie traversait une période complexe, avec la démobilisation – en cours – des groupes dits « d'autodéfense » et un processus de dialogue entre le gouvernement et le groupe d'opposition armé ELN (Armée de libération nationale). Les négociations entre les autorités et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) étaient, selon lui, plus incertaines.
Personnes déplacées
Le directeur des opérations du CICR a précisé que l'un des aspects les plus inquiétants de la violence en Colombie restait le nombre de personnes déplacées en raison du conflit. Selon les chiffres officiels du gouvernement, il serait de 1,8 million, mais d'autres estimations sont plus élevées.
M. Krähenbühl a expliqué que les gens étaient souvent forcés de quitter leur foyer pour survivre comme ils pouvaient dans les banlieues pauvres des grandes agglomérations, confrontées à de graves problèmes d'intégration sociale.
L’action que le CICR mène en collaboration avec les autorités et d’autres organisations humanitaires, telles que le Programme alimentaire mondial, vise essentiellement à répondre aux besoins à court terme des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (PDI) – à savoir pendant les trois premiers mois suivant le déplacement. Il s’agit surtout de besoins en nourriture, en abris et en soins médicaux. Le CICR prévoit d’apporter ce type d’assistance à un maximum de 45 000 PDI durant l’année en cours mais se tient prêt à augmenter son aide si nécessaire.
M. Krähenbühl a ajouté qu’il était inquiétant que le nombre de personnes obligées de fuir soit plus élevé en janvier 2006 qu’à la même période l’année dernière. Récemment, 1 600 indigènes ont dû quitter leur foyer dans le département du Cauca (sud-ouest du pays) par suite d’une recrudescence des combats. Lire le CICR News.Le CICR et ses partenaires sont en mesure de répondre aux besoins des personnes récemment déplacées, mais les situations de moyen et long terme continuent à poser de sérieux problèmes, a précisé le directeur des opérations. Il a souligné que l’institution soulevait régulièrement cette question dans ses discussions avec les autorités en insistant pour qu’elle bénéficie d’une plus grande priorité.
M. Krähenbühl a expliqué ensuite qu’il fallait également prendre des mesures pour prévenir de nouveaux déplacements. La Cour constitutionnelle colombienne a rendu il y a peu des décisions ayant force obligatoire, en vertu desquell es le gouvernement a augmenté le budget alloué à ce problème, mais, a précisé le directeur des opérations, il reste à voir comment les autorités convertiront cela en mesures concrètes en vue d’une action à long terme.
Outre l’action menée en faveur des personnes déplacées à l’intérieur du pays, M. Krähenbühl a rappelé les opérations du CICR destinées à l’ensemble de la population civile – opérations visant en particulier à faciliter l’accès aux soins médicaux. L’institution négocie régulièrement pour obtenir l’accès à des communautés isolées et accompagne des équipes médicales colombiennes dans ces zones. Lire l'article sur ce sujet .
Détention
Le CICR continue à visiter les personnes détenues par les autorités colombiennes pour des raisons liées à la situation de violence, et poursuit ses efforts en vue de visiter les personnes détenues par des groupes d’opposition armés.
M. Krähenbühl a précisé que la surpopulation des prisons restait très préoccupante.
Personnes disparues
Le CICR effectue régulièrement des démarches auprès des groupes d'opposition armés pour essayer d'élucider le sort des personnes disparues lors du conflit. Il fait tout son possible pour que cette question reste une priorité de l'ordre du jour politique et de toute négociation future visant à mettre un terme à la violence.
L'institution traite actuellement 3 600 cas de personnes disparues, qui ont été établis sur la base de témoign ages de membres de la famille.
M. Krähenbühl a assuré que le CICR se tenait prêt à agir en tant que médiateur et intermédiaire dans toute libération d'otages ou d'agents de police et de soldats détenus par des groupes armés. Cependant, il a déclaré avoir peu de raisons de penser que les négociations sur cette question aient progressé.
Le CICR dispose actuellement d'environ 280 collaborateurs en Colombie et d'un budget de CHF 24,6 millions (USD 19,2 millions ou EUR 15,8 millions) alloué pour 2006, afin de répondre aux besoins des victimes de la violence.
L'institution a défini des zones prioritaires où elle concentre ses opérations, et M. Krähenbühl a souligné la qualité remarquable du dialogue qu'elle maintenait avec l'ensemble des parties au conflit.
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