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Irak : les civils sont les plus durement touchés par la violence

20-04-2007 Déclaration

Allocution d'Angelo Gnaedinger, Directeur généraldu CICR, Conférence internationale sur la réponse aux besoins humanitaires des réfugiés et personnes déplacées internes en Irak et dans les pays voisins, Genève, 17-18 avril 2007

  Seul le texte prononcé fait foi  

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord remercier le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés d'avoir organisé cette importante conférence. C’est une initiative opportune car chaque jour la population irakienne est plongée dans un dénuement toujours plus grand.
 

Nous sommes en effet confrontés à un manquement flagrant et répété au respect et à la protection de la vie et de la dignité de millions de civils qui ne sont pas parties prenantes à la violence en cours.
 

Le CICR lance donc un appel en tout premier lieu à toutes les parties concernées pour qu'elles respectent pleinement le droit international humanitaire en Irak.

Monsieur le Président,

 
" ... les bombardements, les attentats suicides, les fusillades, les enlèvements, les meurtres, la destruction des biens de caractère civil et les déplacements forcés sont la réalité quotidienne de millions d'Irakiens." 
Depuis 2003, le CICR, travaillant en étroite coopération avec le Croissant-Rouge de l'Irak, a été l'une des rares organisations internationales humanitaires à disposer d’une présence opérationnelle permanente en Irak.
 

Au cours de leurs activités quotidiennes sur le terrain, nos collègues sont témoins des épreuves terribles que doit supporter la population tout entière, les civils subissant tout le poids de la violence incessante. En effet, les bombardements, les att entats suicides, les fusillades, les enlèvements, les meurtres, la destruction des biens de caractère civil et les déplacements forcés sont la réalité quotidienne de millions d'Irakiens. Dans cette situation horrible, et après des années de violence, on peut se demander si des familles irakiennes ont réussi à être épargnées sur le plan humain et matériel et à ne pas avoir de cicatrices physiques et psychologiques.
 

Alors que nous parlons, des centaines de milliers d'Irakiens sont déplacés à l'intérieur de leur pays ou ont fui leur pays, laissant un foyer, un travail, un lopin de terre, ou même de proches parents. La situation précaire des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays doit être comprise dans le contexte de l’insécurité croissante et de la dégradation des infrastructures. L'insécurité alimentaire et l’infrastructure très inadéquate d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’électricité ne font qu’aggraver les conditions difficiles dans lesquelles vit la population, et menacent sérieusement la santé publique.
 

Les structures sanitaires sont débordées et s’efforcent de faire face aux urgences quotidiennes causées par les nombreuses victimes. L’insécurité empêche bon nombre de malades et de blessés de se rendre sans risque dans les hôpitaux et les cliniques. Les patients et le personnel médical sont souvent menacés et visés. De ce fait, le personnel médical quitte le pays en grand nombre et les structures sanitaires manquent de personnel.
 

Les structures médico-légales ont du mal à faire face à l’afflux massif de corps, faute de capacité suffisante pour les stocker convenablement ou pour recueillir systématiquement des données sur les corps non identifiés afin de permettre aux familles d'être informées du décès d'un proche. En 2006, on a estimé à une centaine le nombre de civils tués chaque jour, la moitié d’entre eux restant non réclamés ou non identifiés. Des milliers de c orps non identifiés ont donc été enterrés dans des cimetières spécialement aménagés à cet effet en Irak.
 

Pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes sont détenues par les autorités irakiennes et par les forces multinationales en Irak. Dans le même temps, des dizaines de milliers de familles sont sans nouvelles de leurs proches portés disparus au cours des conflits passés et récents.

Monsieur le Président,

Cette brève description de la situation difficile qui prévaut en Irak nous amène à nous interroger sur ce que nous pouvons faire pour préserver un sens de la dignité humaine pour la population irakienne. D’autre part et surtout, sur ce que pouvons-nous faire dans le contexte actuel de sécurité, et comment?
 

La dure réalité opérationnelle du contexte irakien a renforcé davantage notre conviction que le CICR doit continuer de suivre une approche de principe relative à son action impartiale, neutre et indépendante, tout en étant très flexible et innovateur dans son mode de fonctionnement.
 

Suite aux attentats dont le bureau des Nations Unies et la délégation du CICR ont été la cible en août et en octobre 2003 respectivement, le CICR a sans cesse été contraint de revoir sa structure opérationnelle en Irak. Il a invariablement confirmé sa détermination à poursuivre sa mission humanitaire en Irak, en mettant l'accent sur les besoins des civils touchés par le conflit.
 

Les groupes de personnes déplacées à l'intérieur du pays ont une incidence majeure sur les communautés d'accueil, et le CICR prend donc soin d'équilibrer son assistance aux personnes déplacées, tout en apportant un appui complémentaire aux communautés locales auprès desquelles les personnes déplacées ont trouvé refuge.
 

 
" ... pour une action concrète et immédiate venant en aide à des millions d'Irakiens, nous vous demandons de bien vouloir préserver l'espace nécessaire à une action humanitaire impartiale, neutre et indépendante." 
Le CICR visite également des dizaines de milliers de personnes détenues en rapport avec le conflit armé en Irak, en aidant les familles de détenus à visiter leurs proches, en collectant et en distribuant des messages Croix-Rouge, en soutenant les efforts visant à élucider le sort de milliers de personnes portées disparues après les trois conflits consécutifs, en distribuant des médicaments et des fournitures chirurgicales aux structures médicales, ainsi que des fournitures médicales aux structures médico-légales, en exécutant des travaux d'entretien et de remise en état qui permettent d’assurer un approvisionnement d'urgence en eau, et en apportant un appui matériel et financier aux centres qui s'occupent des handicapés physiques et des personnes amputées.
 

L'incidence de ces activités est considérablement renforcée par le fait que le CICR travaille en étroite coopération avec le Croissant-Rouge de l'Irak, qui est resté opérationnel malgré l'assassinat de 14 de ses collaborateurs et volontaires, l'enlèvement de 45 autres dont 12 sont toujours portés disparus, et de nombreuses attentats dont ses bureaux, entrepôts et convois ont été la cible. Je saisis l'occasion qui m'est donnée de féliciter une fois de plus chaleureusement le personnel du Croissant-Rouge de l’Irak et les volontaires dans tout le pays et de rendre hommage à leur courage et à leur ténacité.
 

Nous ne devons toutefois pas dissimuler les difficultés, les problèmes de sécurité et l'accès limité. En faisant état de ce que nous avons été en mesure de réaliser ─ et je crois que cela est important ─ on ne peut prétendre pouvoir couvrir les multiples besoins de la population irakienne. En fait, ces besoins dépassent de loin les capac ités dont disposent les praticiens de l’humanitaire. Ce qu’il faut va bien au-delà d’une aide d'urgence.

Monsieur le Président,

En conclusion, je souhaite souligner une fois de plus la pertinence et la valeur ajoutée d’une action humanitaire impartiale, neutre et indépendante. Nous sommes conscients qu'une telle action ne peut pas supprimer les causes profondes de la situation dramatique actuelle que connaît l'Irak.
 

Et pourtant, par souci d’une action concrète et immédiate venant en aide à des millions de civils irakiens dans la détresse, nous vous demandons de bien vouloir préserver l'espace nécessaire à une telle action humanitaire de principe. Notre action ne peut être efficace que si nous ne sommes pas perçus comme agissant soit pour le compte d’acteurs politiques ou militaires parties prenantes, soit avec eux. La crédibilité, la sécurité du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et son accès à tous les Irakiens dans le besoin, dépend de cette aide.
 

Nous réalisons, bien sûr, que les activités menées par le CICR et le Croissant-Rouge de l'Irak ne sont qu'une goutte d’eau dans un océan où les besoins sont immenses. Nous sommes donc heureux de travailler de manière concertée avec d'autres acteurs humanitaires.
 

S'agissant de la situation des réfugiés dans les pays voisins, nous coopérons étroitement avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge concernées, ainsi qu'avec leur Fédération internationale. Nos collègues du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge exposeront leurs plans sur la question plus tard dans la journée.
 

Je souhaiterais, en dernier lieu, dire que l'action humanitaire ne traite que des conséquences du conflit armé actuel en Irak, où les civils sont les principales victimes des violations continues du droit humanitaire. Le CICR appelle donc une fois de plus toutes les parties en Irak à protéger et à épargner les civils. Il exhorte aussi tous ceux qui ont quelque influence sur le terrain à faire en sorte que la population civile ait un accès adéquat aux services vitaux, tels que les soins de santé, l'eau, la nourriture et l'électricité.

Merci de votre attention.