Madame la Présidente, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Comme beaucoup d'entre vous le savent, sous l'égide du CICR, une conférence internationale d'experts gouvernementaux et non-gouvernementaux sur les personnes portées disparues des suites d'un conflit armé ou d'une situation de violence interne et leurs familles s'est tenue à Genève du 19 au 21 février dernier.
Pour le CICR, cet événement a marqué une étape fondamentale dans un processus de longue haleine.
La Conférence a été précédée de 8 ateliers et 3 études à propos des différents aspects de la problématique des personnes portées disparues. Ces travaux ont permis, et c'était là leur objectif, de formuler de nombreuses recommandations concrètes dans les domaines juridique et opérationnel. Des mesures précises ont ainsi été proposées pour contribuer à prévenir les disparitions, déterminer le sort des personnes portées disparues et aider leurs familles[1].
La conférence n'a pas seulement été l'occasion de partager le résultat de ces travaux. Elle a aussi, et peut-être surtout, permis de prendre conscience de l'ampleur du problème.
En effet, pour la première fois sans doute, tous les principaux acteurs concernés ont été réunis. Des familles de disparus, des responsables politiques, des militaires, des défenseurs des droits de l'homme, des professionnels de la médecine légale, et des organisations humanitaires (dont notamment les différentes composantes du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) se sont livrés pendant trois jours à des échanges riches et émouvants. Chacun a ainsi pu réaliser que, ailleurs dans le monde, que ce soit en Amérique latine, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie, d'autres rencontraient les mêmes difficultés.
Mais la conférence a également révélé que ces difficultés étaient complexes et relevaient de la compétence d'intervenants très différents les uns des autres. Pour respecter et faire respecter le droit existant, pour développer les instruments juridiques appropriés, pour lutter contre l'impunité, pour faciliter l'identification des dépouilles mortelles, pour apporter aux familles le soutien matériel et le réconfort moral dont elles ont besoin, c'est un effort d'ensemble qui est nécessaire. Il a donc été clairement établi que ce n'est que par une approche multidisciplinaire et coordonnée que de véritables progrès seront accomplis.
Si on a observé quelques divergences autour de la question du droit des familles de connaître le sort de leurs proches, tel qu'il existe dans le droit international humanitaire, l'essentiel était bien de reconnaître, comme cela a été fait, la douleur de celles et ceux qui vivent dans l'incertitude après la disparition d'un parent. Il en découle naturellement qu'il n'est pas tolérable de ne pas tout mettre en oeuvre pour mettre un terme à cette incertitude.
Sur la base du rapport de son groupe de travail, la conférence a adopté par consensus des "Observations et recommandations"[2]que nous tenons à la disposition des personnes intéressées.
La conférence et ces documents doivent être un tremplin pour poursuivre l'action initiée.
Sur le terrain d'abord. Les autorités gouvernementales, les groupes armés, les organisations inter-gouvernementales et non-gouvernementales et le CICR ont maintenant un éventail d'outils opérationnels à leur disposition. En les utilisant et en se coordonnant entre eux, ils seront plus efficaces dans leurs actions.
Le CICR poursuivra aussi son soutien au groupe de travail d'experts, convoqué suite aux ateliers de 2002 sur la gestion des restes humains, dans le but de consolider et développer les standards professionnels en matière de médecine légale dans des contextes internationaux.
Mais l'action doit aussi se poursuivre au plan de la diplomatie et de la mobilisation.
La prochaine Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en décembre 2003 constitue ainsi une échéance importante. Pour contribuer à la protection de la dignité humaine, ses participants devraient s'engager à entreprendre des actions significatives pour lutter contre le drame des personnes portées disparues et de leurs familles. Par ailleurs, les activités du groupe de travail de la Commission des droits de l'homme sur le projet d'instrument normatif contraignant pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcée sont porteuses d'un espoir considérable. Le CICR continuera à les suivre activement.
Enfin, la mobilisation de tous doit être maintenue et renforcée encore. Le CICR est bien décidé à en être l'un des principaux moteurs.
Merci Madame la Présidente.