On parle souvent du CICR comme d'un intermédiaire neutre. De manière concrète, que cela signifie-t-il en l'espèce ?
C'est assez simple, nous avons été approchés peu de temps après le début de la crise par la délégation coréenne en Afghanistan qui cherchait un moyen efficace de contacter les Talibans. Ces derniers ont exprimé de leur côté le désir que nous servions d'intermédiaire afin de démarrer des négociations. Nous avons donc offert nos bons offices, tout en soulignant auprès des intéressés que notre rôle n'était pas d'intervenir directement dans les pourparlers.
Nous avons mis les deux parties en contact afin que celles-ci se mettent d'accord sur le cadre global des négociations ainsi que sur des détails pratiques permettant la tenue effective d'une première rencontre.
Le CICR a par la suite fourni un lieu de réunion qui soit acceptable pour toutes les parties. Les locaux du Croissant-Rouge afghan à Ghazni ont été choisis, notamment parce qu'ils se trouvent dans une province accessible pour les négociateurs des deux parties.
Point important, la présence même de délégués du CICR sur place a permis de neutraliser les lieux. Tous les porteurs d'armes en Afghanistan, y compris le gouvernement et les forces étrangères, ont été notifiés par le CICR de la tenue de cette réunion dans ce lieu précis. C'est donc avec l'accord de tous et en toute transparence que cette négociation a pu se dérouler.
Enfin, le CICR a facilité le transfert et la remise des otages aux autorités coréennes conformément aux dispositions de l'accord passé entre négociateurs.
Quels sont les avantages réels de cette neutralité ?
Offrir un service d'intermédiaire neutre fait partie du mandat du CICR. De par notre action en faveur de toutes les victimes du conflit armé en Afghanistan depuis des décennies, quel que soit leur camp ou leur appartenance, nous sommes une organisation bien connue, crédible et respectée par toutes les parties, avec qui nous entretenons un dialogue permanent.
D'autres acteurs auraient pu éventuellement jouer le rôle que nous avons tenu mais, manifestement, notre participation à la crise comme intermédiaire s'est imposée comme un choix logique aux parties concernées. Notre neutralité a donc permis d'ouvrir rapidement un espace de dialogue et d'apaiser les esprits. Nous sommes très heureux de l'issue de cette affaire et de la libération des 21 otages même si, rappelons-le, deux otages ont été exécutés.
Des prises d'otages dans lesquelles le CICR a pu intervenir se sont parfois terminées tragiquement. Comment expliquer ce succès en Afghanistan ?
Restons humbles. Dans ce cas précis, les négociateurs des deux parties avaient intégré les limites de l'action du CICR et avaient compris son rôle d'intermédiaire neutre. Il y a eu malgré tout des difficultés puisque les négociations se sont déroulées sur une vingtaine de jours... La seule chose qui importe, c'est que cette crise se soit achevée de manière positive pour les otages.
Nous avons donc servi de catalyseur. Cette affaire montre bien une fois de plus que la présence d'acteurs neutres et indépendants est une nécessité dans un monde de plus en plus polarisé et divisé. Le CICR a d'ailleurs été actif ces derniers mois dans ce rôle d'intermédiaire neutre, que ce soit en Colombie, en Éthiopie ou au Niger.