19-02-2008 Interview République centrafricaine : le CICR expose sa vision de l'action humanitaire dans le pays ![]() Lors d'une rencontre avec des journalistes nationaux, Jean-Nicolas Marti, chef de délégation du CICR à Bangui, fait le point sur les activités de l'organisation en 2007 dans le pays et dresse les grandes lignes de son action pour 2008. Les activités de protection et d'assistance en faveur des victimes de la violence ainsi que la coordination humanitaire sont déterminées par un contexte qui reste incertain et fragile. Pouvez-vous tirer le bilan de vos interventions en 2007 et quelles sont vos prévisions pour 2008 ? Effectivement, le CICR a choisi les régions de Mboumou et de la Basse-Koto comme zones d'intervention en 2004. À cette époque, il régnait dans le pays une situation de calme relatif mais, pour autant, le CICR ne souhaitait pas se retirer complètement de la RCA. Nous avons ainsi maintenu un programme d'eau et d'assainissement dans ces régions. Ce programme sera progressivement repris à son compte par la CRCA, mais continuera à bénéficier du soutien du CICR. J'aimerais rajouter que le CICR n'a pas vocation à faire du travail de développement large. C'est le travail d'autres organismes internationaux, notamment le PNUD. Aujourd'hui le problème de l'eau en RCA, en dehors des zones où le CICR intervient, est un problème structurel. En revanche, dans le Nord, on peut relier le problème de l'eau à une situation conflictuelle et le CICR va s'y engager. C'est pourquoi, nous allons assister près de 120 villages en eau et en assainissement dans les zones conflictuelles. Nous sommes actuellement dans les phases d'évaluation pour savoir où et comment intervenir. Et nous allons dans ce domaine précis nous coordonner avec d'autres acteurs humanitaires. Quelles sont vos principales difficultés sur le terrain ? Laissez-moi d'abord souligner que le CICR a de bons contacts tant avec les autorités politiques et militaires de la RCA qu'avec les groupes d'opposition armés. Cet état de fait constitue une bonne base pour des garanties de sécurité indispensables pour mener à bien nos activités. En RCA, les principales difficultés sont d'ordre logistique. Acheminer de l'assistance dans certaines régions représente un vrai défi d'organisation tant le réseau routier est défectueux à certains endroits. Nous avons également un souci de sécurité avec les coupeurs de route qui continuent d'écumer certaines régions. L'activité des coupeurs de route limite malheureusement les mouvements des humanitaires. Beaucoup d'acteurs humanitaires en RCA s'organisent en vue de coordonner leurs activités. Quelle est la position du CICR vis-à-vis de la coordination humanitaire ? À l'intérieur de la famille Croix-Rouge, c'est le CICR qui coordonne l'ensemble des activités internationales des diverses composantes du Mouvement présentes en République centrafricaine. Cela dit, le CICR entend promouvoir une coordination avec d'autres acteurs humanitaires afin d'éviter les dédoublements fonctionnels ainsi que les éventuelles lacunes. En même temps, le CICR estime que cette coordination ne doit pas mettre en cause son image, qui est celle d'une organisation neutre, impartiale et indépendante, vouée exclusivement à la protection et à l'assistance des victimes. Nous voulons garder en toutes circonstances la confiance de toutes les parties impliquées. Cela est indispensable pour accéder aux victimes, assurer la sécurité de notre personnel et jouer nôtre d'intermédiaire neutre et impartial, comme nous l'avons fait récemment en Colombie, par exemple. Vous conviendrez avec moi qu'un mélange du politique, du militaire et de l'humanitaire risquerait de mettre en péril cette confiance. Nous veillons à ce que la coordination ne mette pas en péril notre image. Plus concrètement, et à Bangui, le CICR entretient des relations avec plusieurs ONG, institutions, programmes et fonds du système des Nations unies. La délégation développe avec les autres humanitaires un dialogue suivi, tant au niveau des contacts quotidiens sur le terrain que dans un cadre plus structuré, comme les réunions sectorielles ou les réunions de coordination du HDPT (Humanitarian and Development Partnership Team). |