©CICR
Simon Ashmore
Comment décririez-vous la situation humanitaire actuelle au Tchad ?
Au Tchad, la situation est actuellement très confuse. À N’Djamena, qui est actuellement notre principale préoccupation, nous observons un grand mouvement de population hors de la capitale. Dans la capitale, nous savons que de nombreuses personnes ont été tuées ou blessées durant les affrontements du week-end. Nous savons qu’il y a eu beaucoup de pillages, donc la disponibilité des produits alimentaires essentiels à court terme est une préoccupation majeure.
Qu’ont pu faire le CICR et la Croix-Rouge du Tchad pour assister les personnes touchées par les violences ?
Tout d’abord, je tiens à saluer le travail extraordinaire accompli par la Croix-Rouge du Tchad, qui a été active tout au long des combats samedi et dimanche, évacuant les blessés vers les hôpitaux et les centres médicaux. Elle a fait un travail remarquable, alors que tous les autres étaient terrés en attendant la fin des affrontements.
Depuis lundi, le CICR et la Croix-Rouge du Tchad ont pu se déplacer à l’intérieur et autour de N’Djamena. Il semblerait que la Croix-Rouge soit respectée par toutes les parties au conflit. Nous avons déjà une équipe chirurgicale sur place, qui a pu être déployée à l’hôpital de la Liberté, où elle a commencé à opérer les blessés qui y étaient évacués. Nous avons aussi pu fournir une assistance matérielle à d’autres structures hospitalières.
Actuellement, nous collaborons avec la Croix-Rouge du Tchad et les autorités tchadiennes pour recueillir les dépouilles mortelles des personnes tuées, de façon à les rassembler et à les enterrer dignement, mais également pour éviter tout futur problème de santé publique.
Quelles sont les autres activités d’assistance prévues ?
Nous essayons de faire entrer une seconde équipe médicale dans N’Djamena. Comme je l’ai dit, les diverses structures hospitalières comptent certainement des centaines et des centaines de blessés ayant besoin d’aide et les structures hospitalières sont bien sûr complètement débordées, donc actuellement, notre priorité est de faire venir ici une seconde équipe médicale pour soutenir l’équipe déjà en place.
De plus, nous fournirons un appui supplémentaire à la Croix-Rouge du Tchad pour ses activités en matière d’évacuation, de rassemblement et d’identification des dépouilles mortelles et d’inhumation des corps.
Nous entretenons en outre un dialogue suivi avec les autorités pour obtenir accès à ceux qui pourraient être détenus par l’opposition.
Que pouvez-vous dire du dialogue actuel du CICR avec les parties au conflit ?
Le CICR a pu entretenir un dialogue avec toutes les parties au conflit. Selon nos premières impressions après les affrontements, jusqu’ici, aucune des parties n’a délibérément pris les civils pour cible. Cela dit, il y a de nombreux dommages collatéraux – des personnes sont blessées, tuées ou perdent leurs biens.
Nous voudrions encourager vivement toutes les parties au conflit à respecter pleinement leurs obligations, selon le droit international humanitaire, de protéger la population civile et aussi, ce qui est essentiel, de protéger le Mouvement de la Croix-Rouge dans ses activités humanitaires, ainsi que les autres acteurs humanitaires et structures hospitalières, en cas de reprise du conflit.
Lire aussi l'entretien avec Thomas Merckelbach, chef de la délégation du CICR à N'Djamena.