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22-07-2010  Interview  
République démocratique du Congo : la solidarité des proches envers les personnes déplacées en Équateur
Agronome au CICR, Jean Cimanga se rend régulièrement dans la province de l'Équateur, au nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), où le CICR vient de procéder à une distribution de semences. Il parle de la situation des habitants, encore marqués par les violences intercommunautaires de la fin 2009 et les affrontements entre groupes armés et forces armées nationales qui ont suivi.

Quelle est la situation aujourd'hui dans cette province après les violences de l'année dernière ?

À l'heure actuelle, la situation est plutôt calme. Dans les régions que nous avons traversées, les habitants reprennent petit à petit leurs activités. Après les violences qu'ils ont subies et dont ils ont été témoins, ils auront besoin de temps et de davantage de soutien pour surmonter ces traumatismes. La majorité des personnes déplacées qui avaient quitté leurs villages en octobre 2009 ne sont pas encore rentrées, et les réfugiés en provenance de l'Équateur sont encore nombreux de l'autre côté du fleuve, en République du Congo. À Dongo, de nombreuses maisons ont été détruites et des travaux sont nécessaires pour reconstruire la ville.

Quels sont actuellement les besoins les plus importants de la population ?

À l'issue des entretiens que nous avons eus avec les habitants des différentes régions visitées, les semences et les outils agricoles sont apparus comme indispensables. La population souhaite reprendre une activité agricole et préparer les récoltes de la prochaine saison, ce qui implique de pouvoir semer dans le courant du mois de juillet.

La province de l'Équateur est souvent qualifiée de grenier du pays ; ses sols fertiles produisent maïs, manioc et haricots à profusion. Mais les semences manquent, et après les violences de ces derniers mois qui ont interrompu l'accès aux terrains dans beaucoup d'endroits, la population risque de ne pas pouvoir profiter de la prochaine saison agricole.

C'est pourquoi nous avons commencé à distribuer des semences et des outils agricoles à 25 000 personnes du secteur de Dongo, ainsi que du matériel de pêche à 2 000 pêcheurs. Au mois de mars, nous avions déjà distribué à plus de 27 000 personnes déplacées et résidentes de Bokonzi et des environs des semences vivrières (maïs et haricots niébé) et maraîchères (épinards, tomates, amarantes), ainsi que des outils agricoles tels que des houes et des bêches.

Comment choisissez-vous les villages qui bénéficient de cette assistance ?

Si certaines personnes déplacées ont pu partir avec leurs troupeaux, un peu de nourriture et quelques effets personnels, beaucoup ont dû quitter leurs villages sans rien. Nous avons centré notre action sur les villages de Bokonzi, Makengo et Mutuba car leurs habitants ont accueilli de nombreuses personnes déplacées et partagé avec elles leurs ressources, leur logement et leurs terres. Beaucoup de ces personnes déplacées se sont réfugiées chez des proches. Sans cette solidarité, leur quotidien déjà rude aurait été bien plus difficile. Mais étant donné que les ressources des habitants étaient déjà maigres avant l'arrivée des déplacés, la population locale a également besoin d'un soutien car aujourd'hui, ses ressources sont partagées entre tous.

Vous avez vu beaucoup de maisons détruites. Que faites-vous pour répondre à ce problème ?

Effectivement, c'est l'une des conséquences les plus visibles des combats. Un programme de réhabilitation de quelque mille maisons détruites ou endommagées est en cours depuis le mois de mars dans le secteur de Dongo. Ce sont des ouvriers locaux accompagnés de volontaires de la Croix-Rouge de la RDC qui effectuent ce travail contre rémunération. L'avantage de ce programme est double : les familles bénéficiaires peuvent revenir vivre dans des maisons remises en état, et les ouvriers reçoivent une indemnité qui leur permet de subvenir à certains besoins de leurs familles. Par ailleurs, l'argent qu'ils gagnent augmente leur pouvoir d'achat et contribue à stimuler le marché local qui en a bien besoin.

Avez-vous constaté d'autres besoins ?

Nous avons traversé des villages déserts. L'âme d'un village, ce sont ses habitants. Personne ne quitte son village de plein gré. Pour que ces villages se repeuplent, que les personnes reviennent, il faut que les habitants retrouvent un sentiment de sécurité.

La sécurité, c'est aussi savoir que ses proches vont bien. Nous avons malheureusement constaté que de nombreuses familles ont perdu le contact avec certains de leurs membres. Depuis le début de l'année, nos équipes ont enregistré 127 enfants séparés de leurs parents et non accompagnés. Pour les familles qui ignorent ce qu'est devenu un des leurs, surtout si c'est un enfant, l'incertitude est une épreuve extrêmement difficile à surmonter. C'est pour cette raison que nous ne ménageons aucun effort pour retrouver les familles de ces enfants.

C'est dans cet objectif que nous travaillons avec la Croix-Rouge de la RDC à la mise en place d'un réseau de volontaires qui facilitera le travail de recherche. Ce réseau permettra, à partir d'antennes installées à Gemena, Lisala, Bumba, Gbadolite, Zongo et Kungu, de rechercher les parents des enfants non accompagnés enregistrés dans la province de l'Équateur ou de l'autre côté de la frontière, en République du Congo. Leur travail consistera aussi à publier des listes et à les mettre dans les différentes antennes de deux côtés.

On parle beaucoup des problèmes d'accès à cette province ; à quelles difficultés avez-vous été confrontés ?

C'est en effet un véritable casse-tête logistique. L'état des routes complique considérablement l'acheminement des secours, et les moyens logistiques sur place sont relativement limités. Nous nous sommes déplacés essentiellement en moto. Les semences et outils que nous allions distribuer étaient transportés par barge sur le fleuve. Certains collègues ont passé une nuit en brousse, bloqués à bord d'un camion en panne ! Mais la bonne volonté de toute l'équipe et la détermination des volontaires qui nous accompagnent nous permettent de surmonter des difficultés qui risqueraient d'interrompre nos activités.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué au cours de votre travail en Équateur ?

Je garde en mémoire le souvenir de journées entières passées sur la moto. De Bokonzi à Dongo, nous avons voyagé pratiquement dix heures par jour avec 30 kilos de charge, au milieu de paysages en ruines, avec des maisons désertes et brûlées. C'est sur cette moto que j'ai pris conscience de toute l'ampleur de la violence qu'a connue cette région.

Mais surtout, ce qui m'a le plus marqué, c'est la joie de toutes les personnes que nous aidons. Notre action est concrète, elle répond à des besoins immédiats de la population et je ne doute pas de son impact. Il me suffit de m'imaginer à leur place pour me rendre compte que notre action va au-delà de maisons réparées, d'outils distribués ou de nouvelles des familles. Pour ces personnes, il s'agit de foyers retrouvés, d'une fenêtre sur l'avenir et d'espoir.

Je retiendrai également l'esprit d'humanité et de compassion qui anime les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC. À Bokonzi par exemple, dans les jours qui ont suivi l'arrêt des combats, quelques volontaires ont réussi, avec des moyens extrêmement limités, à organiser des collectes de vêtements et de bâches pour venir en aide aux déplacés. Ils m'inspirent une immense fierté, et surtout, ils inspirent une grande confiance aux autorités et à la population. Pour tous, la présence de la Croix-Rouge est rassurante et c'est cette confiance qui nous permet de mener des actions telles que celle-ci.

©CICR/E. Togala
Jean Cimanga, agronome pour le CICR en RDC.



©CICR/E. Togala
Dongo, province de l'Équateur. Une case en cours de construction par des volontaires de la Croix-Rouge de la RDC.



©CICR/E. Togala
Dongo. Un menusier prépare des portes et des fenêtres.



©CICR/E. Togala
Un volontaire de la Croix-Rouge de la RDC à Dongo.

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22-07-2010