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28-02-2008  Éclairage  
Irak : Latifa rend visite à son fils détenu à Camp Bucca
En plus de visiter les personnes détenues par les forces internationales en Irak, le CICR aide les familles à rendre visite à leurs proches privés de liberté. Pour Latifa, la grand-maman de Mossoul, c’est chaque fois un moment privilégié.

Latifa a 61 ans. Une fois tous les trois mois, elle fait le voyage depuis Mossoul pour aller rendre visite à son fils Mohamed, actuellement interné à Camp Bucca, le centre de détention américain de Basra.

  • Pour permettre aux familles de rendre visite à leurs proches détenus, le CICR a continué, en 2007, de contribuer aux frais de déplacement des personnes se rendant à Camp Bucca et au centre de détention / d’internement (DIF) de l’aéroport de Basra.


  • Plus de 11 600 détenus ont bénéficié de ce programme, et 31 000 de leurs proches ont reçu une indemnité de voyage du CICR.
  • Sa robe brune et sont manteau noir sont aussi impeccables que si elle s’apprêtait à prendre part à un événement spécial. Personne n’imaginerait qu’elle vient de voyager six jours durant, de Mossoul à Basra. De temps à autre, elle se courbe pour essuyer la poussière de ses chaussures noires.


    Il est neuf heures du matin et un vent froid fouette le visage de Latifa. Elle tente de se protéger de ses mains. « J’attends dehors depuis cinq heures ce matin, dit-elle. Je suis arrivée hier soir à Basra ; j’ai passé la nuit chez des cousins. C’est la troisième fois que je rends visite à Mohamed, mais mon autre fils, Ismaïl, n’a jamais pu venir. Il a peur d’être kidnappé ou même tué. »

    Dans les rangs des dizaines de personnes qui attendent pour voir leurs proches, on ne distingue pas beaucoup d’hommes. Les femmes ont dû faire le voyage seules, certaines avec leurs enfants.

    Pas loin de Latifa, Ali (4 ans) et sa sœur Nermeen (7 ans) attendent de rencontrer leur père. Nermeen tient son frère fermement par la main. Elle n’a pas vu son père depuis deux ans. « Je crains qu’Ali ne reconnaisse pas son père, dit Fatima, la mère des enfants. Je n’arrête pas de lui montrer des photos de son père, mais ça fait longtemps maintenant. »

    « Dans quelques minutes, je retrouverai Mohamed ; je pourrai prendre ses mains dans les miennes, et nous nous regarderons dans les yeux, se réjouit Latifa. Je passerai deux heures avec lui, et pour moi, ce moment vaut bien le voyage. À la maison, je pleure toute seule, au point que j’ai parfois les yeux qui me brûlent. »

    « Mais aujourd’hui, je ne vais pas pleurer. Je sais qu’il est malheureux et que ça lui ferait encore davantage de peine de me voir pleurer. J’ai mis mes plus beaux habits et le parfum qu’il aime depuis toujours. Comme ça, lorsque je prendrai ses mains dans les miennes, il en conservera l’odeur pour le reste de la journée. »

    Latifa a emmené quelques photos de son petit-fils, le fils de Mohamed. Il s’appelle Ahmed et a tout juste un mois. La femme de Mohamed les lui a envoyées pour qu’il puisse faire la connaissance de son premier-né.

    « Je ne vis plus que pour ces visites à mon fils. Maintenant, ce sont elles qui rythment mon calendrier, plus que les mois et les jours. Je continuerai à venir tant que je pourrai marcher », conclut-elle.

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