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iraq-violence-200705
20-07-2005  Article de presse  
Irak : le CICR réduit sa présence, mais reste actif
Suite à des attaques délibérées contre des collaborateurs de l’institution, le CICR s’est vu contraint de réduire sa présence en Irak. Il continue cependant à visiter les personnes détenues pour des motifs liés au conflit et, en coopération avec le Croissant-Rouge de l’Irak, apporte une assistance d’urgence aux victimes de la violence.

Cette interview de Balthasar Staehlin est parue dans un premier temps dans le quotidien Al-Hayat du 17 juillet dernier. Elle est publiée ici avec l’aimable autorisation du journal.

Pouvez-vous expliquer le type d’activités que le CICR mène actuellement en Irak ?

Le CICR axe ses activités sur les visites aux détenus. Dans le centre du pays, les délégués visitent des lieux de détention placés sous le contrôle des forces américaines ; et dans le nord, des prisons administrées par les autorités régionales kurdes. Par ces visites le CICR veut s’assurer que les conditions de détention des prisonniers et le traitement qui leur est réservé sont conformes aux normes applicables, faisant aussi en sorte de maintenir les liens entre les personnes détenues et leurs proches.

En outre, le CICR continue à fournir une assistance médicale d’urgence pour parer à l’éventualité d’incidents susceptibles de faire un grand nombre de victimes. En coordination avec les autorités sanitaires irakiennes, du matériel médical et chirurgical est mis à disposition des hôpitaux et autres établissements de soins. Le CICR soutient également six centres d’appareillage orthopédique, à Bagdad, Hilla, Mossoul, Najaf et Basrah – un septième centre sera bientôt ouvert à Tikrit –, qui produisent des membres artificiels et d’autres types d’appareils orthopédiques. Quant au centre d’Erbil, il est toujours administré par le CICR, qui a par ailleurs réalisé quatre projets de réhabilitation d’hôpitaux de grande envergure (Basrah, Bagdad, Diyala et Salah Eddine). Il a en outre procédé à l’extension du réseau de distribution de l’eau de Bagdad, et travaille actuellement à la remise en état du centre de soins de santé primaires de Zergele, dans le nord de l’Irak.


Le CICR a récemment réduit le champ de ses activités en Irak. Pour quelles raisons a-t-il pris cette décision et quelles conséquences peut-elle avoir pour les Irakiens ?

Il est vrai que nous souhaiterions pouvoir mener en Irak une opération de plus vaste ampleur, comparable à celle que nous réalisons dans les territoires palestiniens occupés, où nous sommes présents dans presque chaque ville. Malheureusement, en dépit du fait que nous sommes une organisation apolitique et humanitaire, notre personnel et nos locaux ont été la cible d’attaques délibérées. Nous avons donc décidé de ne pas nous retirer d’Irak, mais nous sommes vus contraints d’adopter de nouvelles modalités de travail et de réduire les services que nous offrons à la population. Une telle décision va à l’encontre de nos souhaits et nous sommes perpétuellement à la recherche de moyens qui nous permettent d’établir un dialogue avec toutes les parties au conflit et de les convaincre du caractère humanitaire de notre mission, de manière à pouvoir développer nos activités dans le futur.

Une des conséquences les plus fâcheuses de cette situation est que nous ne disposons plus, dans le centre et le sud du pays, de bureaux ouverts au public. Il est par conséquent difficile, pour les personnes ayant besoin d’aide ou désirant échanger des messages familiaux, de rentrer en contact avec le CICR. Je sais que certains parviennent à se rendre dans nos bureaux du nord de l’Irak et que d’autres font appel aux bureaux dont nous disposons dans les pays avoisinants. Quoi qu’il en soit, la situation est critique. Toutefois, du fait que le CICR ne peut accepter de protection militaire, il a dû prendre la décision de fermer au public ses bureaux situés dans le centre et le sud de l’Irak.


Comment avez-vous pris la décision de réduire la présence de vos expatriés ?

C’est une décision qui a été prise conjointement par la délégation en Irak et les responsables du siège à Genève. Elle est directement liée aux attaques délibérées dont ont été la cible les employés du CICR, tant irakiens qu’expatriés, ainsi que les locaux occupés par l’institution. À plusieurs reprises, nous nous sommes également posé la difficile question de savoir si nous allions rester opérationnels, optant finalement de maintenir certains services en faveur de la population irakienne. À vrai dire, nos activités sont aujourd’hui avant tout axées sur la détention. Il est évident que si le CICR jouissait d’un respect accru, il serait en mesure de fournir davantage de services en faveur de la population. Tel est le dilemme devant lequel nous nous trouvons aujourd’hui.


Selon certaines informations, vous entretiendriez des contacts avec des personnalités baathistes en Irak et à l’extérieur du pays, pour être mieux en mesure d’accomplir votre mission. Pensez-vous que de telles démarches servent la cause de la neutralité ?

Il est vrai que nous faisons en sorte d’être en contact avec toutes les forces en présence en Irak. Nous souhaitons cependant ne pas nous étendre sur l’identité de nos interlocuteurs. Les parties au conflit doivent admettre que le CICR, en sa qualité d’intermédiaire neutre, a besoin de dialoguer avec tous les groupes concernés par la violence. Autrement dit, les a groupes armés doivent admettre que nous entretenions des contacts avec les autorités, et vice-versa. Nous avons toujours fait preuve de beaucoup de transparence à cet égard et ce dialogue nous est indispensable si nous voulons convaincre l’ensemble des parties de la nécessité de distinguer les combattants des civils et de traiter ces derniers avec respect. Pour expliquer nos modalités de travail, il est en outre impératif que nous obtenions les garanties nécessaires pour l’accomplissement de notre mandat en faveur des personnes touchées par le conflit.

Le CICR ne fait pas appel à des escortes militaires et refuse de placer ses opérations sous la protection militaire de quelque faction ou groupe que ce soit, ou encore des autorités. Ce faisant, il mettrait précisément en péril la neutralité de l’institution et fausserait la perception que les gens ont de cette neutralité. Être en relation avec tous les acteurs d’un conflit est la condition sine qua non pour que nous soyons acceptés par tous et pour accomplir notre tâche humanitaire.


À combien de reprises le CICR a-t-il été la cible d’attaques ?

Depuis le début de la guerre en Irak, en 2003, nous avons perdu cinq collaborateurs. Je tiens à faire une différence entre la mort très tragique d’un de nos collègues, tué dans les feux croisés à l’époque des bombardements sur Bagdad, début 2003, et les attaques délibérées qui sont apparues plus tard. En juillet 2003, un de nos employés était tué par des coups de feu tirés depuis une voiture, près de Hilla. Ce drame était suivi, en octobre de la même année, par un attentat à la bombe contre notre délégation de Bagdad : deux de nos employés perdaient la vie, ainsi que dix autres Irakiens. La dernière perte à déplorer est la mort d’un collaborateur, tué à proximité d’Abou Ghraib en janvier 2005.


Qu’en est-il de la coopération entre le CICR et les forces étasuniennes et britanniques stationnées en Irak ?

Les États-Unis comme la Grande-Bretagne ont accordé au CICR l’accès aux lieux de détention en Irak. Malheureusement, le climat d’insécurité qui prévaut dans le pays nous empêche de visiter tous les lieux de détention.


Avez-vous constaté une amélioration de la situation dans les lieux de détention ? Quels sont les principaux problèmes observés dans les prisons irakiennes ?

Dans quelque pays que ce soit, le CICR est attentif à trois choses, lorsqu’il visite des prisons : les conditions matérielles de détention, le traitement réservé aux prisonniers et le cadre juridique général relatif à la détention. Nos observations, aussi bien positives que négatives, font l’objet d’un dialogue confidentiel avec les autorités. Nous ne faisons pas état publiquement des améliorations ou des détériorations relatives aux conditions de détention, la longue expérience que nous avons acquise en la matière nous ayant démontré que c’est le dialogue bilatéral qui donne les meilleurs résultats.


Quels sont les services que vous offrez aux prisonniers irakiens et quels sont les principaux problèmes auxquels ils sont confrontés ?

Nous nous efforçons d’effectuer des visites régulières dans les principaux lieux de détention contrôlés par les forces nord-américaines, pour les convaincre de la nécessité d’offrir de bonnes conditions de détention aux prisonniers et de leur réserver un traitement humain. Nos visites sont aussi l’occasion pour les prisonniers de parler librement de leurs problèmes avec un délégué du CICR, qui veille également à ce qu’ils puissent rester en contact avec leurs proches.

Nous sommes en outre sur le point de lancer un programme de visites familiales en faveur des personnes détenues à camp Bucca, dans l’extrême sud du pays. Les familles vivent souvent très loin de là et n’ont pas les moyens de se déplacer pour rendre visite aux leurs. Nous nous employons donc de faciliter ces visites pour permettre des contacts aussi réguliers que possible entre les prisonniers et leur famille. Nous transmettons également aux prisonniers des colis de la part de leurs proches, et établissons des certificats de détention à ceux qui sont libérés. Le CICR participe aussi activement au rapatriement de citoyens étrangers libérés.


Combien de prisonniers non irakiens sont-ils détenus et de quelles nationalités sont-ils ?

Nous rencontrons effectivement des prisonniers originaires d’autres pays. Entre 2003 et 2005, nous avons visité 1 180 prisonniers non irakiens. Ils viennent de différents pays, principalement d’Égypte, d’Arabie saoudite, de Jordanie, du Soudan et d’Iran.

Le rétablissement des liens familiaux est particulièrement important pour les ressortissants d’autres pays. Une fois qu’ils sont libérés, nous faisons aussi en sorte de les voir et de veiller à ce qu’ils soient rapatriés de leur plein gré. Nous apportons également un soutien logistique à ceux qui sont rapatriés, notamment aux personnes dont l’état requiert des soins médicaux durant le transport.

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20-07-2005