©CICR
Kristin Barstad
Quels sont les moyens mis en œuvre pour aider les centaines d'enfants qui ont perdu leurs parents à la suite du terrible séisme qui a secoué l'île ?
Au lendemain du tremblement de terre, les conditions de vie sont devenues extrêmement dures pour les enfants qui ont perdu leurs parents.
Le CICR et la Société nationale de la Croix-Rouge haïtienne déploient des efforts considérables pour localiser les enfants qui sont livrés à eux-mêmes ou qui ont été recueillis par des âmes charitables, et pour les aider à retrouver leurs proches. Plusieurs enfants haïtiens non accompagnés ayant été évacués vers la République dominicaine et les États-Unis, nous travaillons également avec les Sociétés nationales de ces deux pays.
Parallèlement aux efforts mis en œuvre pour tenter de retrouver les familles des enfants, nous coopérons avec les autres agences humanitaires présentes sur place pour trouver des solutions provisoires de prise en charge et veiller à ce que les enfants aient tout ce dont ils ont besoin.
Des gens pleins de bonnes intentions aux quatre coins de la planète ont proposé d'adopter des orphelins haïtiens. Quelles sont les recommandations du CICR à cet égard ?
Les enfants qui ont été séparés de leurs parents à la suite d'une catastrophe ne peuvent pas être considérés comme des orphelins et ne sont donc pas candidats à l'adoption. Bien que cet élan soit pétri de bonnes intentions, il est difficile de définir le statut des enfants qui ont été séparés de leur famille à la suite d’une catastrophe et qui se retrouvent seuls. Tant que le sort des parents d’un enfant ou des autres membres de sa famille élargie n’a pu être établi, on part du principe qu’il a toujours des proches en vie.
Aucun effort ne sera épargné pour tenter de réunir les enfants avec leur famille. Si cela s’avère impossible – et une fois les vérifications nécessaires effectuées –, les autorités compétentes envisageront alors en dernier recours des solutions permanentes, telles que l'adoption.
Haïti compte un nombre considérable d’orphelinats, dont les pensionnaires ne sont pas tous nécessairement des orphelins. Ce serait une erreur de penser qu’ils sont tous candidats à l’adoption. En fait, certains enfants ont été placés provisoirement dans ces institutions par les personnes qui en avaient la charge, en attendant de pouvoir se sortir d’une situation économique difficile. Imaginez l’angoisse de la famille et des enfants s’ils venaient à perdre la trace de leurs chers sans autre explication.
Bien entendu, pour les enfants qui avaient déjà complété la procédure d’adoption internationale avant le séisme, il y a tout intérêt à accélérer les démarches afin qu’ils puissent rejoindre leur nouveau foyer. Cependant, chaque procédure d’adoption est soumise à des règles juridiques claires. Nous saluons la mesure cruciale prise le 20 janvier dernier par le premier ministre haïtien dans le but de renforcer ces procédures en exigeant que tous les dossiers d'adoption lui soient soumis pour signature avant d’autoriser le départ de l’enfant.
Quelques jours à peine après la catastrophe, des enfants non accompagnés étaient déjà évacués, notamment vers la République dominicaine et les États-Unis. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Effectivement, vu le nombre élevé de victimes, plusieurs organismes ont décidé d'évacuer des enfants blessés vers ces deux pays en attendant que des structures de santé convenablement équipées soient mises sur pied en Haïti.
S’il est recommandé de soigner les enfants blessés le plus près possible de là où ils habitent, cela n’a pas toujours été possible dans les jours qui ont suivi le séisme. Les structures médicales n’avaient pas encore été mises en place. Cela dit, je tiens à souligner que dans les situations où un enfant est évacué, il existe des procédures claires à respecter : dans la mesure du possible, l’enfant doit être accompagné par un proche ou par une connaissance ; les données personnelles de l’enfant doivent être enregistrées et sa famille doit savoir où il est emmené et par qui. Malheureusement, certains enfants ont été évacués dans la précipitation, sans avoir au préalable enregistré toutes les données nécessaires.
En tant que membres du réseau mondial des liens familiaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR et les Sociétés nationales américaine et dominicaine ont mis en place des services de recherches pour les enfants qui ont été évacués à l’étranger – comme d'ailleurs pour toutes les autres personnes qui ont quitté Haïti.
Que font les équipes de recherche conjointes du CICR et de la Croix-Rouge haïtienne lorsqu’elles rencontrent un enfant non accompagné ?
Lorsque nos équipes de recherche en Haïti ou en République dominicaine trouvent un enfant non accompagné, elles cherchent en premier lieu à recueillir un maximum d’informations à son sujet, notamment l'endroit où pourraient se trouver ses proches ainsi que leurs coordonnées. Elles interrogent parfois également les personnes qui côtoient l’enfant afin d'obtenir davantage d’informations.
Au besoin, les équipes confient l’enfant à l’UNICEF ou à des agences chargées d'organiser sa prise en charge temporaire, et lancent ensuite les recherches pour retrouver ses parents. Nous procédons de différentes manières, notamment en menant des recherches dites « actives ». Cela consiste, entre autres, à se rendre là où les parents sont censés se trouver, à offrir la possibilité de passer des appels téléphoniques et à enregistrer des informations sur notre site Internet Family Links. Le CICR a régulièrement recours à des annonces à la radio et dans les rues pour faire connaître ses services de recherches.
Comment le CICR coordonne-t-il ses activités avec les autres organisations humanitaires pour faire en sorte que les enfants bénéficient d'une assistance appropriée dans la situation actuelle en Haïti ?
Vu l’ampleur de la catastrophe et le nombre important d’organismes d'aide humanitaire présents sur place, des mesures ont été prises rapidement sur le terrain pour coordonner la réponse humanitaire. Les Nations Unies ont mis en place le système des groupes sectoriels (ou « clusters »), l’UNICEF étant chef de file de celui consacré à la protection de l’enfant.
Il est primordial que les pouvoirs publics et toutes les organisations concernées coopèrent et s’appuient mutuellement pour apporter assistance et protection à tous ceux qui ont été touchés par le séisme. Des rôles directeurs spécifiques ont été établis dans divers domaines clés. Le CICR et les Sociétés nationales des États-Unis, de la République dominicaine, d'Haïti et d’autres pays se chargent d'une grande partie des activités de recherches, avec le soutien d’autres organismes.
D’autres organisations s’occupent notamment de la prise en charge provisoire des enfants, de leur santé psychosociale et de l'assistance éducative d'urgence. La tâche de chaque organisation dépend de son mandat, de ses compétences techniques et de sa capacité à gérer une situation donnée. Toute organisation souhaitant agir en faveur des enfants séparés de leur famille doit collaborer avec les autres partenaires concernés. Il va sans dire que le CICR adhère à ce principe.